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Le blog d'education et de formation

LES CAHIERS DE L’EMERGENCE L’entreprise est le seul juge du privé

28 Juillet 2010 , Rédigé par mazagan Publié dans #مقالات واخبار

LES CAHIERS DE L’EMERGENCE

L’entreprise est le seul juge du privé

Entretien avec Thami Ghorfi, président du groupe ESCA
 
· Le marché demande des jeunes qui soient immédiatement opérationnels

· La polémique sur les universités privées est le résultat du retard de la régulation


- L’Economiste: Que des écoles marocaines soient contraintes d’aller chercher la reconnaissance à l’étranger (via des partenariats) n’est-il pas la preuve de la méfiance que les pouvoirs publics nourrissent à leur égard?

- Thami GHORFI: Je ne pense pas que la question se pose en ces termes. Je comprends votre idée, mais ce n’est pas une affaire de méfiance. Les établissements d’enseignement supérieurs privés ont montré depuis de longues années leur capacité à former des cadres de bon niveau, et les entreprises des différents secteurs le reconnaissent. Les écoles marocaines sont allées chercher des partenariats à l’international pour obtenir une forme de reconnaissance de la qualité de leurs programmes. A ce jour, elles ne disposent pas d’un système d’évaluation national qui, par exemple, procure une reconnaissance des diplômes par le secteur public. C’est d’abord pour moi une question d’équité dans le traitement des citoyens. Sachant que pour bon nombre d’étudiants des établissements d’enseignement supérieur privé, les familles font un réel sacrifice pour financer les études de leurs enfants, l’Etat doit traiter avec équité ses administrés. Pour rappel cela fait à peine quelques semaines que le secteur de l’enseignement supérieur privé dispose d’une direction qui lui est dédiée. Pendant plus de deux décennies, nos institutions étaient gérées par la « Direction des affaires juridiques » du ministère !
Et pour revenir aux partenariats internationaux, les écoles marocaines ont cherché à trouver des équivalences, des reconnaissances ailleurs… pour démontrer la qualité de leurs programmes.

- A quoi s’apprécient aujourd’hui la crédibilité et la qualité d’un établissement d’enseignement sur le marché? Quelles sont les attentes des entreprises vis-à-vis de ces écoles?

- Les entreprises sont très bousculées dans cette période de crise économique. Elles doivent faire face à des défis inédits dans certains secteurs, elles recherchent des compétences de plus en plus précises et aiguisées. Globalement, elles savent aujourd’hui faire la différence entre les écoles. Elles reconnaissent les bonnes écoles par la qualité de leurs lauréats, publiques ou privées peu importe. La crédibilité et la réputation d’une bonne école se construit dans le temps en observant comment évoluent ses anciens élèves. Et pour leur offrir de bonnes carrières, les entreprises recherchent des diplômés opérationnels, entreprenants et ayant le sens de l’initiative, pragmatiques et réactifs, capables de trouver des solutions concrètes et pratiques aux sujets qui se présentent à eux au quotidien. On est entré dans l’ère du « to deliver », celle des résultats et de la performance. Nos étudiants sont formés pour cela.

- Le schéma LMD (Licence Master Doctorat) lancé par les «accords de Bologne» devient le standard international en conférant aux universités une plus grande visibilité. Cela remet-il en cause le modèle «Grande Ecole» tel qu’on l’a connu jusqu’à présent?

- L’Europe a cherché à entrer dans les standards de cette industrie mondialisée en mettant en place le système LMD. Le Maroc lui a emboîté le pas et tant mieux. Le modèle « Grande Ecole » est un modèle typiquement français à l’origine, nous l’appliquons au Maroc depuis des décennies. Il évolue certes, mais il n’est pas remis en question, car une Grande Ecole est une école qui diplôme à niveau Master. Il s’agit bien du M de « LMD ». C’est le standard pour former un manager comme il existe un standard pour la formation d’ingénieurs issus de Grandes Ecoles. L’université offre une gamme de programmes nombreux et à « tiroirs » pour répondre à toutes les vocations. Aujourd’hui nos Grandes Ecoles sont réputées et reconnues pour contribuer à la formation de nos élites et c’est franchement pour moi une fierté. Les études au Maroc sont bonnes, nous formons aussi chez nous une partie des élites des pays voisins.

- Que vous inspire la récente polémique sur les universités privées?

- Dommage, un secteur aussi noble ne mérite pas tant de remue ménage, mais c’est ainsi. Cette affaire est le fruit d’un retard en matière de régulation. Les opérateurs qui ont créé des établissements depuis de longues années sont aussi capables de créer des universités privées au même titre que ces nouveaux entrants. Ces derniers ne peuvent pas bénéficier d’un cadre spécifique, la réglementation est la même pour tous. Les élus de l’enseignement supérieur privé ont attiré l’attention avec énergie sur ce dysfonctionnement. Accompagner le développement de notre pays, c’est bien, mais nous ne pouvons pas le faire en dehors des règles qui régissent le secteur. il y a de la place pour des universités privées qui savent s’engager durablement dans notre pays. J’espère simplement que cette polémique ne laissera pas de traces dans l’esprit des familles. Au-delà de cette polémique, il faut rappeler que notre secteur souffre aussi d’établissements qui s’installent sans être autorisés par le ministère de tutelle. Il ne suffit pas de détenir une marque qui vient d’ailleurs, louer un espace de bureau ou créer une société de conseil pour exercer dans l’enseignement supérieur au Maroc. Que ceux qui souhaitent contribuer au développement et à la modernisation de notre pays soient les bienvenus à condition qu’ils en respectent les lois.

Propos recueillis par
Abashi SHAMAMBA
 
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