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Le blog d'education et de formation

Réflexions personnelles sur l’enseignement supérieur français

17 Juin 2013 , Rédigé par mohamedمحمد

Réflexions personnelles sur l’enseignement supérieur français

.Dans l'esprit de la critique des différentes politiques qui ont jusqu'à présent tenté de 'réformer' le système de l'enseignement supérieur français...jusqu'à nos jours.

REFLEXIONS PERSONNELLES SUR QUELQUES

ASPECTS NEGATIFS DE

L'ENSEIGNEMENT FRANCAIS

Après 32 ans d'enseignement à la faculté, comme maître de conférences, sans compter un an dans un lycée, bombardée sans aucune formation dans des classes de débutants, (deux classes de 6ème une classe de 4ème 'grands débutants (des germanistes qui prenaient l'anglais en seconde langue), j'avoue que je ne sais rien de ce qu'il faut faire ou ne pas faire pour bien enseigner. Le constat est terrible parce que c'est en gros celui que devraient faire la plupart des enseignants, qu'ils soient en début ou en fin de carrière, ou qu'ils aient comme moi quitté cette activité. Mais j'ai pu observer, et tirer quelques conclusions.

La première s'impose : malgré les centres de formation, le C.P.R où d'autres expériences similaires, j'ai acquis une certitude : on n'apprend pas à enseigner. C'est malheureusement le cas pour tous ceux qui se retrouvent enseignants, qu'ils l'aient voulu, persuadés que c'était là leur vocation, on qu'ils se soient retrouvés là, trop souvent parce qu'ils ne savaient rien faire d'autre. Il y a là une évidence, surtout en France, où des pouvoirs publics aux enseignants, en passant par les parents, et surtout les élèves, on s'imagine que l'enseignement consiste à apprendre à d'autres ce qu'on sait, ou même ce que l'on ne sait que très peu voire pas du tout. Cela se voit maintenant que les élèves font leurs devoirs en ligne, avec des copier-coller pris sur Google, ou sur des sites spécialisés où ils trouvent leurs devoirs tout faits.

Sans doute, l'enseignement, comme toutes les professions où l'on a affaire à d'autres dans une position de dominant (celui qui sait face à celui qui ne sait pas), devrait être une vocation. Sinon toute la carrière de l'enseignant, (le moins grave) et tout le devenir (le plus grave), des 'enseignés' n'est qu'un vaste champ de ruines.

On peut, on doit, partir de l'idée que l'enseignant a à sa disposition plus de connaissances de son sujet, que l'enseigné. Mais il faut beaucoup modérer ces prémisses. L'enseignant, s'il peut enseigner à d'autres des modèles, des savoir-faire, des connaissances pour simplifier, doit le faire avec toujours en tête, qu'il n'enseignera jamais des 'choses' (savoirs, compétences, connaissances ou autres selon les disciplines) mais qu'il ne pourra, ne saura jamais qu'enseigner non pas ce qu'il sait, mais ce qu'il EST. C'est un constat que j'ai eu la chance de faire très vite. Et ce constat tient en un mot que nous serons amenés à retrouver dans tous les domaines de la vie en société : le RESPECT. L'enseignant qui ne respecte pas l'ignorance de l'autre, ne peut rien lui apprendre.

Dans les classes de collèges et de lycée, il est certain que l'enseignant vient en classe avec un bagage de connaissances qu'il est là pour partager avec ses élèves. Mais qu'il n'oublie jamais que sauf de rares exceptions, le partage ne doit pas être univoque. Il n'est pas là pour injecter des bases de connaissances dans un milieu vide qu'il s'agit de remplir, qui serait en l'occurrence le 'tiroir' correspondant au sujet ou à la matière enseignée chez l'élève. S'il n'y a pas d'écho, de questions, de contradictions, de discussion, la classe est stérile et l'enseignant pourrait tout aussi bien distribuer son cours à ses élèves (certains le font) pour qu'ils l'apprennent, sans chercher plus loin. Mais c'est justement oublier que le terreau où ils sèment leurs 'connaissances' n'est pas vierge, loin de là, et varie d'un élève à un autre. C'est la raison qui fait du dialogue une nécessité de l'enseignement. Un enseignant est là pour proposer une connaissance, quelle qu'elle soit en s'arrêtant là. Bien sûr, il doit guider, et c'est à lui de proposer, mais c'est aux élèves dans tous les cas de disposer. Et chaque élève dispose de l'information reçue selon une infinité de critères, qui vont de son vécu, de son milieu, de ses propres connaissances. En recevant la même information il y aura autant de façons d'en disposer qu'il y a d'élèves. A condition qu'on lui laisse ce qu'on n'aurait jamais dû lui retirer même partiellement : la parole. Chaque information de l'enseignant appelle une réponse. Et là la fourchette est immensément large. Ce sera pour être poli l'indifférence de l'élève qui n'en voit pas l'intérêt, et dit 'm…' à son professeur parce qu'il n'a pas l'usage de l'information ainsi donnée. Ce sera une prise de notes polie ou appliquée selon les cas. Ce sera aussi bien souvent, et bien souvent dénigré, une sorte d'indifférence de l'élève intelligent qui absorbe l'information et laisse son inconscient en faire ce qu'il veut.

Tout cela pour dire que quand il ouvre son sac à malices d'informations, l'enseignant doit le poser devant ses élèves et les laisser faire. C'est eux qui savent, alors, ou non, ce qu'ils ont à en faire, qu'elle usage ils en ont.

Je reste persuadée, mais je n'ai pas d'expérience suffisante de l'enseignement secondaire que l'enseignant, de l'école primaire à la terminale doit pratiquer un échange permanent avec ET la classe en général, ET chaque élève en particulier. Bien sûr cela prend du temps, bien sûr cela demande de l'humilité (qui n'est pas le point fort des enseignants…) mais c'est pourtant l'essentiel.

Enfin, l'élève du CP à la terminale doit se sentir heureux de venir en classe. Et pour cela il est futile de conserver un système de notations. Qu'on le conserve, parce que les institutions sont ainsi faites, et qu'au bac on lui demandera son livret scolaire. Mais il faut qu'il sache d'entrée, que ces obligations sont purement administratives et qu'ils n'ont pas à s'en soucier. Leur valeur ne tient pas à leurs notes, mais dans les progrès qu'ils sont capables de faire au cours de leur scolarité, à l'intérêt qu'ils y portent, et en fin de compte à la capacité qu'a l'enseignement de faire découvrir à chaque élève sa propre orientation future, ses choix, ses préférences.

Un exemple pour en finir avec l'enseignement secondaire : j'ai connu un professeur remarquable qui était professeur principal d'une classe où se trouvait un élève que rien n'intéressait. Le verdict avait été vite posé par ses collègues : inapte à l'étude, n'aime pas l'école et n'est pas fait pour ça. Question subsidiaire : que va-t-on pouvoir lui proposer ? L'orientation se faisait alors en fin de cinquième. Et mon enseignante en question a reçu un par un tous les élèves qui n'avaient pas proposé d'eux-mêmes un choix d'orientation qui convenait aux enseignants. Quand elle a reçu le gamin 'ni doué ni intéressé ni scolarisable', elle lui a posé une simple question : 'qu'est-ce que tu aimes faire ?' Et là osant à peine le gamin lui dit : 'dessiner'. Elle pousse un peu, et lui demande 'oui, d'accord ça j'ai bien vu, mais dessiner QUOI ? Et le gamin lui répond sans hésiter 'des ponts et des routes'. Elle a cru recevoir un choc électrique devant une telle réponse. Elle lui a demandé s'il était prêt à faire des efforts pour dessiner des ponts et des routes, et lui a sauté de joie. Aussitôt elle l'a orienté contre même l'avis des parents vers un lycée professionnel, un bac pro, une classe préparatoire, une réussite aux Ponts et Chaussées, et il s'est retrouvé dix ans plus tard directeur de la D.D.E. pour la région Rhône Alpes. Il s'agissait de poser la bonne question, d'entendre la réponse, de la comprendre et de la respecter, et le tour était joué. Là encore je reste persuadée que tout résidait dans le respect ; en l'occurrence des désirs d'un enfant qui n'aimait pas l'école parce que l'école ne lui proposait rien qui l'intéressât.

Pour ce qui touche à des points plus précis, à savoir ce que je connais personnellement, il n'y a guère de différence, sinon que lorsque on enseigne à des adultes, les rapports sont quelque peu différents.

Il faut savoir que le recrutement des enseignants du supérieur est passablement différent de celui du secondaire. Les professeurs des écoles sont recrutés selon les postes vacants et en fonction de leurs diplômes, ou de leur réussite au CAPES ou à l'agrégation. Le choix est plus ou moins libre selon leur situation de famille ; mais ils peuvent être nommés n'importe où puis demander leur mutation si l'endroit ne leur convient pas pour des raisons personnelles.

Dans l'enseignement supérieur on ne demande aux postulants que d'être titulaires de leur poste, en général dans l'enseignement secondaire. Puis les enseignants de la matière concernée se réunissent et délibèrent librement. Ce qui ouvre bien sûr la porte à toutes les magouilles, népotismes et autres pistons. Bast, c'est ainsi depuis la nuit des temps.

On est d'abord nommé si on est accepté, comme maître de conférences, où parfois comme enseignants du second degré délégué dans le supérieur. Les maîtres de conférences s'engagent à déposer dans les deux ans un sujet de thèse, qu'ils ne sont pas tenus de terminer. Une fois leur thèse soutenue, ils peuvent postuler à un poste de professeur. Même processus, là où il y a des postes de profs, (il y en a environ 3 par an en France en Anglais pour vous donner une idée) ils sont élus par leurs pairs, avec les mêmes pitoyables négociations, parce que les professeurs de plusieurs universités se réunissent et cela donne lieu trop souvent à des marchandages qui n'ont rien à voir avec les capacités de l'impétrant.

Quant à l'enseignement proprement dit il a été pour moi un bonheur quotidien, pour ce qui est de mes rapports avec les étudiants. Mais la majorité des enseignant s'en tiennent à quelques principes qui me paraissent faire leur honte.

Par exemple, dans les matières littéraires où bien sûr il y a trop de monde par rapport aux débouchés, on rencontre la volonté délibérée et avouée des 'sabrer' (il n'y a pas d'autre mot) les étudiants dès leur entrée en fac. On leur fait comprendre qu'ils sont nuls, qu'il ne sont bons à rien, et qu'ils ne réussiront jamais. Pendant trente-deux ans, je me suis battue année après année, parce que ma fourchette de notes aux partiels, allait de 2/20 à 18/20. On m'a répété chaque année que la meilleure note était 8/20, et qu'il ne fallait pas déroger. J'ai dérogé pendant toutes ces années, jusqu'à ce que mes collègues exaspérés de voir plus de monde à mes groupes qu'aux leurs, envoient une lettre au doyen, demandant que je ne sois plus 'au contact des étudiants'. Comme je n'ai pas voulu comprendre le sens de la chose, et que j'avais mes annuités, j'ai démissionné de mon poste ce qui m'a évité de partir en retraite entre deux petits fours et deux coupes de champagne.

Il me semble que ce que je disais plus haut à propos des collégiens et lycéens a encore plus de valeur dans le supérieur. A savoir que le respect est le maître mot. Sans quoi il n'y a pas d'enseignement possible. Il est vrai qu'un étudiant peut quitter le cours quand il le souhaite, comme l'enseignant demander à un étudiant de sortir, parce que ce sont des rapports entre adulte, et que personne n'a de compte à rendre à des parents, ni à une quelconque autorité. Mais Je ne l'ai que rarement vu.

Par contre les matières littéraires ont subi la suprématie des matières scientifiques depuis des décennies et ce ne sont pas les meilleurs étudiants qui viennent en Anglais Spécialistes. A part les quelques uns qui veulent entrer dans l'enseignement, ils viennent là soit parce que cela peut toujours servir, ou parce qu'ils ne savent où aller.

Année après année, les étudiants de première année d'anglais arrivaient avec un niveau de 3ème que je qualifierais de 'dormant' : tout oublié, parce que les années de lycée n'avaient que très rarement continué à leur faire pratiquer les bases de grammaire et de langue. Pour les groupes de traduction, de grammaire, et même de phonétique et compréhension obligatoires pour l'obtention de la licence, je prenais jusqu'aux vacances de Noël pour tout revoir avec eux, sans bouder ma satisfaction quand je voyais que tout revenait. En janvier nous pouvions commencer à travailler. Mais jamais je n'ai dit à un étudiant qu'il était nul ou n'arriverait à rien. Ma politique a toujours été de chercher le meilleur en eux, et j'étais parfois surprise moi-même de voir à quel point il y en avait.

Pour les cours à plus haut niveau, les choses se compliquaient parfois. J'ai préparé une année pendant tout l'été un cours sur un auteur d'agrégation/CAPES : et une étudiante m'a demandé (j'ais pris soin de relier mon cours) qui nous fournissait les cours que nous leur dispensions. J'avoue qu'elle a entendu la suite…

J'ai eu à faire pendant trois ans un cours sur un sujet que je maîtrisais mal au départ, n'en ayant pas eu moi-même (ce qui, du reste, a justifié mon choix de le faire) Un cours de linguistique. Qui demandait des qualités de rigueur, une entente totale entre les groupes et moi sur les codes à employer pour donner les explications. Il s'agissait de décortiquer le fonctionnement des phrases d'un texte littéraire, et je leur ai ainsi fait comprendre de la grammaire linguistique, comme une analyse psychologique, nous en apprenait plus sur le texte en question que la simple lecture et l'appréciation sensible. Ce cours a été pour moi une source d'émerveillement, de bonheur pédagogique total. Quand le code fut bien assimilé, qu'enfin nous parlions tous de la même manière des mêmes choses, j'ai eu la joie d'assister à des discussions d'une rare intelligence entre étudiants, sur des points de détails linguistiques, discussions d'où j'étais 'absente'. Ils n'avaient plus besoin de moi ; ils maîtrisaient une science dont je leur avais fourni seulement les clefs, et ne se tournaient vers moi que pour un éventuel arbitrage. Ce joies, comme le bonheur de faire en licence un cours de traduction qui cachait une explication de texte sous-jacente, sans presque intervenir, tant chacun avait son mot à dire, tant les étudiants avaient préparé leurs traductions et tentaient de les justifier, sont sans doute de mes meilleurs souvenirs d'enseignante.

Mais je le redis, si comme cela se passe dans la plupart des universités les enseignants trop sûrs de leur savoir, certains de leur bon droit, assomment les étudiants de leurs pseudo connaissances, juste pour flatter leur ego, leur mettent des 8/20 pour meilleure note, pour la simple raison que ce ne sont que des étudiants et qu'ils sont a priori mauvais, puisqu'ils ne savent pas tout, la dérive, l'évolution délétère de l'enseignement supérieur français (je ne peux parler encore une fois que pour les disciplines littéraires) n'a rien d'étonnant. Rien d'étonnant non plus que nos étudiants soient si soumis : ils dépendent trop souvent de leurs parents pour financer leurs études, et ceux qui travaillent ont du mal à tout assumer.

Le système américain qui offre aux étudiants la possibilité de financer leurs études par un prêt remboursable lorsqu'ils auront un travail les émancipent de ces contingences, et les fait grandir.

Enfin, je voudrais ajouter que je souhaite un système d'éducation que certains nommeraient élitiste. Qu'on ait partout des personnes capables de repérer les enfants, collégiens, lycéens capables de faire de longues études, et qu'on leur donne les moyens de le faire. Les autres, n'en on pas moins de valeur, mais méritent une bonne orientation dès la 5ème, pour ne pas perdre du temps à s'ennuyer en classe, et entrent dès la 4ème dans un système d'alternance qui leur apprenne un métier, manuel ou non, mais tout aussi respectable que les métiers dits 'intellectuels', qu'ils continuent l'alternance pour savoir faire lettres, comptabilité, gestion, pour qu'on ne les prenne pas pour ce qu'ils ne sont pas, des minus parce qu'ils n'ont pas fait de longues études.

En résumé, s'il y a quelque chose à reprendre à l'enseignement qu'on pratique en France c'est simplement sa totalité. Apprendre et faire comprendre qu'il faut mettre le bonheur des enfants, des jeunes, avant tout. Ne s'intéresser aux résultats que lorsqu'ils apportent de meilleures chances pour eux d'avoir une vie épanouie, et non pas pour les mettre gratuitement dans une concurrence stérile.

J'ai fait un an de classe préparatoire littéraire. Jamais au cours de mes études, je n'ai été aussi malheureuse. Non seulement parce que j'étais assez loin dans la seconde moitié du classement mais parce que j'ai détesté la lutte hargneuse que se livraient ces futurs normaliens ou chartistes, j'ai mal supporté la haine et l'agressivité qui animaient mes camarades. Et pourtant je ne me sentais pas concernée, pour moi c'était une année de culture générale au cours de laquelle j'ai passé propédeutique, et réussi les IPES, ce qui m'a permis de faire les huit ans d'études que mes patents n'auraient pas pu assumer.

En conclusion, je crois que le jour où les études, longues ou courtes deviendront à la fois un bonheur, et un moyen de grandir pour les jeunes, l'enseignement français sera sur la bonne voie. Mais, hélas, quand on voit les réformes mesquines qui se suivent, se contredisent et se succèdent de façon visiblement irréfléchie, on a des doutes quant à l'avènement de ce jour là.

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