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Le blog d'education et de formation

Questions et données sur PISA

9 Janvier 2011 , Rédigé par mohamedمحمد Publié dans #مقالات واخبار

Questions et données sur PISA

http://www.mediapart.fr/club/blog/jean-pierre-boudine/060111/questions-et-donnees-sur-pisa

Les résultats de l'enquête PISA (Programme International de l'OCDE pour le Suivi des Acquis des élèves) en 2009 viennent d'être publiés, et donnent lieu à beaucoup de commentaires, mais il n'est pas tout à fait aisé d'en tirer des leçons.

Les enquêtes PISA ont lieu tout les trois ans, et portent à chaque fois sur trois domaines : compréhension de l'écrit (lecture), mathématiques et sciences.  Chaque enquête comporte une majeure et deux mineures, c'est-à-dire qu'un des trois domaines est à chaque fois plus largement étudié. Lecture en 2000, Maths en 2003, Sciences en 2006, et donc de nouveau Lecture en 2009.

Les jeunes soumis au test dans chaque pays ont entre quinze et seize ans. Ils constituent un échantillon représentatif, à cette réserve près que chaque pays peut exclure de l'étude 5 % de sa population jeune. Pour la France 4272 élèves ont été testés en 2009.

L'objectif de PISA n'est pas de noter la réussite au regard des programmes scolaires, ce qui serait impossible puisque ces programmes diffèrent selon les pays, mais : "L’enquête PISA cherche à évaluer la capacité des jeunes à utiliser leurs connaissances et compétences pour relever les défis du monde réel."

Considérant l'âge de ces jeunes, on doit donc se souvenir qu'il s'agit tout au plus, et ce n'est pas rien, d'un indicateur utile pour évaluer notre collège (du point de vue choisi dans la citation ci-dessus), nullement les lycées ni les universités, pas plus pour l'enseignement général que pour les enseignements techniques et professionnels.

 

 

Dans leur domaine, les résultats de PISA fournissent de très nombreuses informations.

On remarque en premier, naturellement, les scores moyens obtenus dans chaque discipline par l'ensemble du groupe des élèves de chaque pays.

On peut ainsi lire ces scores pour comparer les performances obtenues par chaque pays.

Toutefois, comme dans toute étude statistique, puisque les élèves constituent un échantillon, les scores ne sont que les centres d'un intervalle de confiance, c'est-à-dire qu'il n'y a pas de sens à affirmer qu'un pays qui est "noté" 480 est "moins bon" qu'un pays noté 482.  Par contre, une différence plus grande, par exemple de cinq ou six points, peut être significative.

Chaque élève obtient un score qui peut être ensuite ramené à l'un des six niveaux, de 1 (très faible) à 6 (très bon). Ceci permet de comparer également, d'un pays à l'autre, la proportion et le score moyen des meilleurs, ceux qui parviennent aux niveaux 5 et 6, et de même, la proportion et le score moyen des élèves les plus en difficulté, qui sont aux niveaux 1.a et 1.b.

Pisa recueille également des informations sur le milieu socio-économique de chaque élève, ce qui permet d'étudier le lien entre origine sociale et résultats.

Toutes ces données sont une photographie prise au moment du test. Mais comme PISA est un "suivi", l'enquête permet aussi de mesurer l'évolution des performances, et aussi de comparer les évolutions…

Toute cette étude représente un immense travail et les données fournies sont très riches, mais d'un maniement assez délicat.

*******************

Les pays mis ainsi les uns derrière les autres ne sont pas toujours comparables. Que penser, pour prendre un exemple, du fait que Hong Kong, Singapour et le Canada, obtiennent de très bons scores (respectivement 533, 526 et 524) ?  Peut-on comparer sérieusement les systèmes éducatifs de deux villes-états très riches et très peuplées, chacune d'une superficie voisine de 1000 km², et celui d'un demi-continent presque désertique comme le Canada, d'environ 10 millions de km² ?

Le score même du Canada doit être pris avec précaution car les résultats des différentes régions y présentent  de considérables disparités, ce qui est également vrai de la Belgique et d'autres pays.

 

 

On peut cependant, raisonnablement, comparer la France avec l'Allemagne, les Pays-Bas, la Finlande, et même peut-être le Japon.

 

 

Après toutes ces réserves, que peut-on certainement dire ? 

D'une part, et cela peut surprendre, que les pays les plus vastes, riches et puissants n'ont pas en général de très bons résultats.

Si l'on dresse la liste des 21 pays les plus riches (par PIB),  seul le Japon, la Corée et le Canada obtiennent de bons résultats, et les Pays-Bas d'assez bons résultats. Ni les USA, ni la Russie, ni le Royaume Uni, ni l'Allemagne, ni la France ne sont parmi les meilleurs de PISA.

Il semble donc que presque tous les pays très développés ont de grandes difficultés avec ce secteur de leur système éducatif.

 

 

Les résultats de nos jeunes sont comme on sait dans une médiocre moyenne, dans les trois disciplines, et ceci depuis l'an 2000, à chaque enquête.

En termes d'évolution, on constate une dégradation, particulièrement en mathématiques, ce qui est d'autant plus choquant que notre pays, dans ce domaine de recherche vital pour la haute technologie, est brillant.

 

 

 

Scores moyens en lecture France Allemagne Pays-Bas Japon Finlande Moyenne OCDE
2000 505 484 Absent 522 546 501
2009 498 497 508 520 536 499

 

 

 

Scores moyens en maths France Allemagne Pays-Bas Japon Finlande Moyenne OCDE
2003 511 503 538 534 544 500
2009 497 513 526 529 541 499

 

 

 

Scores moyens en sciences France Allemagne Pays-Bas Japon Finlande Moyenne OCDE
2000 495 516 525 531 563 498
2009 498 520 522 539 554 501

 

 

La comparaison avec notre voisin et partenaire Allemand ne manque pas d'intérêt. L'Allemagne se situe comme la France au milieu du peloton, mais la situation relative des deux pays s'est renversée. Assez nettement derrière la France en 2000, l'Allemagne est en 2009 au même niveau en Lecture et nettement devant en Mathématiques et en sciences.

 

 

On a certainement là le cas le plus intéressant de deux pays socialement et économiquement comparables, dont les systèmes éducatifs sont bien différents : l'Allemagne accorde beaucoup de valeur à la formation professionnelle des jeunes. D'autre part, le système Allemand laisse une bien plus grande liberté pédagogique aux établissements. C'est aussi le cas des Pays-Bas et de la Finlande qui sont parmi les élèves européens performants. Tous ces pays se caractérisent par des offres éducatives assez précoces plus variées (l'Ecole Unique Finlandaise, par exemple, offre dès l'âge de treize ans diverses possibilités d'options aux enfants) et une très grande liberté pédagogique laissée aux établissements. La rédaction des programmes officiels finlandais, par exemple est remarquablement succincte.

Il a été beaucoup dit que le système éducatif français conduisait à l'échec une grande proportion d'élèves. C'est vrai, et la situation s'aggrave tandis que dans d'autres pays, comme l'Allemagne, elle s'améliore.

 

 

Voici, comparées, les proportions d'élèves en difficulté (aux niveaux 1.a & 1.b)

 

 

 

Lecture France Allemagne Pays-Bas Japon Finlande OCDE
2000 15.2% 22.6% abs 10.1% 7% 19.3%
2009 19.8% 18.5% 14.3% 13.6% 8.1% 18.1%
Mathématiques  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2000 16.6% 21.6% 11% 13.3% 6.8% 21.6%
2009 22.5% 18.6% 13.4% 12.5% 7.8v 20.8%
Sciences  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2000 21.2% 15.4% 13% 12% 4. % 19.9%
2009 19.3% 14.8% 13.2% 10.7% 6% 17.9%

 

 

 

 

L'écho médiatique a répercuté l'opinion selon laquelle "nos élites sont très bonnes", et cela sonnait presque comme un reproche, comme si notre Ecole ne se souciait que des meilleurs. Qu'on se rassure ! C'est complètement faux. L'école échoue pour les élèves en difficulté, mais elle ne conduit pas à la réussite une grande proportion d'élèves. La proportion des "très bons" jeunes français est inférieure à celle des jeunes finlandais et japonais en lecture, très inférieure à celle des jeunes allemands, néerlandais, japonais et finlandais et mathématiques et en sciences.

 

 

Voici les proportions des élèves aux niveaux 5 et 6.

 

 

 

Lecture France Allemagne Pays-Bas Japon Finlande OCDE
2000 5.2% 8.8% Abs. 9.9% 18.5% 9%
2009 9.6% 7.6% 9.8% 13.4% 14.5% 8.2%
Mathématiques  

 

 

 

 

 

 

2000 15.1% 16.2% 25.5% 24.3% 23.4% 14.7%
2009 13.7% 17.8% 19.8% 20.9% 21.7% 13.4%
Sciences

 

 

 

 

 

 

2000 8% 11.8% 13.1% 15.1% 20.9% 8.8%
2009 8.1% 12.8% 12.7% 16.9% 18.7% 8.5%

 

L'affirmation contraire est lourde de conséquences, car l'avenir de la recherche, l'avenir des industries innovantes, l'avenir des industries à haute valeur ajoutée dépend naturellement de ces "élites" traitées de manière un peu légère dans notre pays. Il faut souligner avec insistance que les faiblesses de notre système éducatif produisent d'un côté l'échec massif d'une grande partie de la population scolaire, et de l'autre côté une formation insuffisante des meilleurs éléments (ou la formation d'un nombre insuffisant de jeunes de très bon niveau, on peut formuler la chose des deux manières).

 

Enfin, PISA permet d'étudier le lien entre inégalités sociales et inégalités scolaires.

C'est naturellement une question complexe qui relève de nombreux facteurs : urbanisme, politique sociale, affectation des enseignants, moyens donnés aux établissements situés dans les zones sensibles, etc.

PISA dispose de plusieurs indicateurs dont l'un permet d'évaluer le pourcentage des inégalités de scores qui est dû aux inégalités sociales.

Ce pourcentage est bas pour la Finlande et le Japon (5% et 9%), élevé pour la Belgique (19%), l'Allemagne (18%), la France (17%), les Etats Unis (17%), et la moyenne  de l'OCDE est à 14%.

 

Un autre indicateur, très intéressant, est un indice dit "de résilience". Il s'agit de calculer le pourcentage des élèves qui, situé dans le quart le plus défavorisé socialement, obtient des résultats dans le quart supérieur. Un bon indicateur, en somme du degré d'égalité des chances.

Ici, la moyenne de l'OCDE est à 8%, et la France est à 8% également. La Finlande et le Japon sont à 11%, les Etats Unis sont à 7%, L'Allemagne et le Royaume-Uni sont à 6%.

 

On voit que dans ce domaine aussi, notre pays obtient de mauvais résultats, plus ou moins voisins de ceux de ses partenaires.

 

Au total, si l'on souhaite formuler quelques objectifs et penser quelques moyens à partir des résultats de PISA, voici ce qui peut paraître raisonnable.

 

Pour les objectifs : réduire la proportion des élèves qui échouent (niveaux 1.a & 1.b), augmenter la proportion des élèves qui réussissent  (niveaux 5 & 6), diminuer la dépendance entre niveau social et résultats.

Cela va de soi et ne dépend pas vraiment des résultats de PISA, qui viennent confirmer ce que beaucoup d'analystes pouvaient déjà noter.

 

Pour les moyens, nous ne pouvons que renvoyer à tout notre travail ("Le Krach Educatif, 32 propositions pour tenter de l'éviter").

 

Cela passe à notre avis par une définition plus succincte des programmes, une beaucoup plus grande liberté pédagogique des établissements, sur le modèle néerlandais, une offre éducative plus riche dès l'âge de treize ans, sur le modèle finlandais, c'est-à-dire un peu de collège pluriel dans le collège unique, cette diversification faisant une place assez grande aux enseignements professionnels, qui doivent être bien valorisés (ce qui est aussi affaire de moyens).

 

La dévalorisation des enseignements professionnels, des apprentissages pratiques et manuels, constitue certainement, avec la centralisation excessive de tout le système, la plus lourde tare de notre école. Disant cela, nous avons conscience de répéter l'une des phrases introductives du fameux plan Langevin Wallon, aussi encensé qu'oublié !

 

Jean-Pierre Boudine

6 janvier 2011

 

 

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