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Le blog d'education et de formation

Pour une réforme profonde du système éducatif français...

1 Février 2011 , Rédigé par mohamedمحمد Publié dans #مقالات واخبار

Pour une réforme profonde du système éducatif français

Au cours des derniers mois, le PS et l’UMP ont fait de l’éducation le thème dominant du débat politique, en avançant des propositions destinées à alimenter le programme de chaque parti en vue de l’élection présidentielle de 2012. C’est donc l’occasion de se saisir de ce débat d’importance pour tenter d’y contribuer de manière innovante.

Un système qui produit des inégalités au lieu de les atténuer

Le problème majeur du système éducatif français est, de toute évidence, qu’il produit des inégalités au lieu de les résorber. Il n’est certes pas mauvais pour tous. Il fonctionne à merveille pour les 10% des élèves issus des milieux les plus favorisés, qui tirent donc parti d’un système qui promeut la reproduction sociale ; ils iront en classe préparatoire avant d’intégrer une Grande Ecole puis de former l’élite professionnelle de leur génération. Pour les autres en revanche, le système éducatif français ne fonctionne tout simplement pas. Certains d’entre-eux auront peut-être la chance d’intégrer un internat d’excellence ou de bénéficier d’un programme spécial pour intégrer une Grande Ecole par une voie réservée, donnant ainsi l’illusion que “c’est possible”, mais l’immense majorité est destinée à une situation professionnelle précaire, il ne lui sera jamais offert l’opportunité de prétendre à une situation sociale supérieure à celle de ses parents ; tandis qu’une minorité significative et grandissante est même condamnée à la marginalité. 

Notre système éducatif, sensé promouvoir la mobilité sociale, sensé offrir à tous l’opportunité de commencer sa vie sur un pied d’égalité, fait donc exactement le contraire de ce à quoi il est destiné. Pourtant, on aurait tort de s’en étonner, car il ne faut pas réfléchir très longtemps avant de comprendre l’origine d’une telle situation. L’un des principaux problèmes du système, et qui constitue le cœur de cet article, est en effet le problème de l’allocation des moyens humains, matériels et financiers dont disposent les établissements.

Une allocation inégalitaire des ressources

Le système de gestion des carrières des professeurs est en effet tel que ceux qui sont les plus récemment diplômés sont systématiquement affectés dans les établissements les plus sensibles. Fonctionnant exclusivement à l’ancienneté, ce système permet aux professeurs les plus expérimentés de choisir leur affectation en priorité, le plupart du temps dans un établissement favorisé, tandis que les nouveaux arrivants se trouvent contraints à aller là ou personne d’autre n’accepte d’aller, c’est à dire dans les quartiers sensibles. Il en résulte mécaniquement des inégalités de financement. En effet, à rapport entre le nombre d’élèves et le nombre d’enseignants égal, les établissements les plus favorisés sont ceux qui reçoivent le plus d’argent de l’Etat dans la mesure où les professeurs qui y exercent reçoivent des salaires plus élevés. L’égalité des établissements face au financement public est un mythe soigneusement entretenu par le pouvoir.

Des professeurs en quête d’autorité

Le manque d’autorité des professeurs constitue également un problème de taille. Ce problème est d’abord lié à l’âge ; comme nous l’avons montré plus haut, ce sont dans les établissements concentrant le plus de difficultés que la différence d’âge entre les élèves et leur professeur est la plus faible.

Ce problème est également un problème de légitimité. Certains professeurs ne sont tout simplement pas à la hauteur de la tâche qui leur incombe. Et lorsque le professeur est “mauvais”, les élèves sont les premiers à en souffrir ; ils cessent de le respecter, s’investissent moins en classe. Les salaires proposés aux enseignants sont en effet aujourd’hui relativement bas, ce qui incite la plupart des étudiants les plus brillants à se détourer d’une carrière de professeur au profit d’une voie plus lucrative. A l’inverse, ceux qui se tournent vers une carrière de professeur le font parfois par défaut.

Or les élèves ont besoin de professeurs hautement qualifiés, de professeurs brillants. Ils ont besoin de professeurs dont les connaissances et les compétences suscitent leur respect. Dans les classes les moins avancées en particulier, les élèves peinent souvent à comprendre l’utilité du travail qui leur est demandé. Les cours de français par exemple, au collège, sont essentiellement tournés vers la grammaire ou la conjugaison, des savoirs indispensables mais que beaucoup d’élèves se montrent réticents à acquérir. Pour être capables de s’impliquer, les élèves ont besoin d’entrevoir dans leur professeur les potentialités d’un apprentissage rigoureux ; le professeur doit servir de modèle. Par la suite dans les classes supérieures, une fois les règles de grammaire et de conjugaison assimilées, les élèves doivent avoir face à eux un professeur qui sache les passionner, pas moins.

Quelles solutions ?

Revaloriser de manière significative le salaire des enseignants

On parle souvent, notamment avec la question de la « mastérisation », de la sélection et de la formation du corps enseignant. Ce sont bien sûr des enjeux essentiels, mais sur lesquels beaucoup a été dit. En revanche, le dogme de la réduction des dépenses publiques a de beaux jours devant lui, et peu abordent la question du salaire des enseignants. Une telle mesure me semble pourtant inévitable. Rendre de nouveau le métier d’enseignant attractif aux yeux des étudiants les plus brillants ne se fera pas à l’aide de quelques mesures symboliques, neutres d’un point de vue budgétaire. Les professeurs, qui portent la responsabilité immense de former la jeunesse de notre pays, doivent revenir en haut de l’échelle sociale. Comment comprendre par exemple qu’un enseignant démarre sa carrière avec un salaire à peine supérieur au salaire minimum légal, au même titre que n’importe quel vendeur dans un magasin de vêtements ou d’électroménager ? Néanmoins, nous le verrons plus bas, une telle revalorisation ne se fera pas sans contrepartie de la part des professeurs.

Par ailleurs à l’heure où certains rapports tendent à démontrer que la réduction des effectifs n’a pas eu d’effet clair sur le niveau des élèves, revenir sur ces mesures coûteuses là où elles semblent inutiles permettrait de dégager des marges de manouvre budgétaires, et il va sans dire qu’elles sont nécessaires.

Permettre aux enseignants de consacrer une partie de leur temps à la recherche

Toujours dans la même volonté de restaurer la légitimité des enseignants aux yeux de leurs élèves, pourquoi ne pas envisager la possibilité pour chaque enseignant de consacrer une partie de son temps de travail à la recherche, dans la matière qu’il enseigne ou en sciences de l’éducation. Sur la base du volontariat, les enseignants pourraient voir une partie (marginale) de leurs heures d’enseignement remplacées par des heures consacrées à la recherche, ou ces heures pourraient également venir s’y ajouter sous forme d’heures supplémentaires.

Une telle mesure aurait des retombées positives multiples. Le professeur ne serait plus exclusivement un transmetteur de savoirs, mais deviendrait également un créateur de savoirs. Il en résulterait un accroissement de sa légitimité intellectuelle, et donc de son autorité. De plus cette mesure permettrait aux enseignants de diversifier leurs activités, ce qui ne pourrait avoir qu’une influence positive sur leur motivation et leur épanouissement professionnel. Enfin, combiné avec l’autonomie croissante des établissements que j’aborde ci-après, cet effort de recherche en sciences de l’éducation permettrait à la France de combler un retard flagrant en matière d’efficacité et d’innovations pédagogiques.

Donner davantage d’autonomie aux établissements

L’une des causes principales de la difficulté éprouvée par certains établissements à améliorer la situation des élèves dont ils ont la charge est la rigidité administrative à laquelle ils sont soumis (j’ai à l’esprit les collèges et lycées en priorité, mais le raisonnement est également applicable aux écoles, voire aux maternelles). Les inspections auxquelles les professeurs sont soumis, normalisées et souvent vides de sens, font partie de l’héritage jacobin d’un Etat centralisateur et archaïque qui confond rigidité et efficacité. L’impossibilité pour les chefs d’établissement d’exercer le moindre contrôle sur la composition de leur équipe pédagogique les empêche par ailleurs de leur donner la moindre cohérence. Enfin, l’impossibilité de maîtriser leur budget rend inexistante leur marge de manouvre.

Pourtant chaque établissement est unique. Le quartier dans lequel il est situé, la composition de son corps enseignant, l’origine des élèves qui le fréquentent, sont autant d’éléments qui rendent une mesure menée dans un établissement pertinente, et dans un autre contreproductive. Or l’Etat n’est bien évidemment pas en mesure de gérer chaque établissement de manière individualisée, il n’a d’ailleurs que peu d’informations sur les caractéristiques de chacun d’entre-eux. A l’inverse, une plus grande autonomie laissée à chaque établissement permettrait à ceux qui y travaillent quotidiennement, qui les connaissent avec le plus d’acuité, d’exploiter leurs potentialités à travers une gestion individualisée, au plus proche du terrain.

Pour être efficace, cette autonomie doit être réelle. Les équipes dirigeantes doivent jouir d’une liberté étendue dans l’allocation des ressources dont elles disposent. Elles doivent avoir un contrôle sur la composition des équipes pédagogiques. Par ailleurs, il convient de préciser que les établissements ne devraient pas avoir la possibilité de faire appel à des fonds privés ; pas plus, naturellement, que la possibilité d’instaurer le moindre droit de scolarité.

Mais bien entendu, l’autonomie des établissements n’aurait pas de sens dans la situation actuelle ; elle aurait pour seul effet de creuser encore davantage les inégalités, car elle profiterait en priorité aux établissements qui ont le plus de moyens, c’est à dire les établissements les plus favorisés. Cette mesure doit être accompagnée d’une différenciation sensible du niveau de financement des établissements en fonction des difficultés auxquelles ils sont confrontés.

Concentrer les moyens sur les établissements qui ont le plus de difficultés

Nous l’avons vu, les établissements les plus favorisés sont aujourd’hui ceux pour lesquels les financements de l’Etat sont les plus importants. Ce rapport doit être inversé. Je propose que le montant dépensé pour un élève dans l’établissement dont les difficultés sont les plus importantes soit deux fois supérieur au montant dépensé pour un élève dans l’établissement dont les difficultés sont les moins importantes (il s’agit d’un rapport arbitraire et surtout symbolique ; s’il est excessif il devra être revu à la baisse, ou à la hausse s’il est insuffisant). Entre ces deux extrêmes, chaque établissement doit recevoir un budget proportionnel à ses difficultés. On pourrait imaginer un classement basé sur des critères divers, au premier rang desquels les résultats relatifs obtenus par l’ensemble des élèves à un examen national normalisé tel que le bac, pour déterminer le financement approprié. Un tel système, semblable à la manière dont le Royaume-Uni, par exemple, alloue les fonds destinés à ses dépenses de santé, s’opposerait à la logique de compétition, inspirée du Nouveau Management Public, à l’ordre du jour en France depuis 2007. Résolument progressiste, cette nouvelle façon d’allouer les ressources permettrait au contraire de mieux lutter contre les inégalités.

En vertu de la large autonomie accordée aux établissements, cet argent pourra être dépensé de manières multiples. L’intention principale, cependant, est de donner aux établissements défavorisés les moyens financiers d’attirer les meilleurs professeurs, ceux dont l’expérience et les compétences sont les plus grandes, à travers des propositions de salaire vraiment attractives, sensiblement plus élevées que dans les établissements favorisés des centre-villes. En d’autres termes, un lycée à Clichy-sous-Bois ou à Argenteuil doit être en mesure d’offrir des salaires nettement supérieurs aux professeurs qu’il souhaite recruter, que Henri IV ou Louis le Grand.

Néanmoins, il faudra veiller à ce qu’une amélioration du niveau des élèves, conséquence de l’efficacité d’un professeur, ne se traduise pas par une baisse mécanique du budget de l’établissement et donc de leur salaire. Un mécanisme incitatif devra être élaboré pour que les professeurs dont les résultats sont avérés se voient récompensés et que leur rémunération, au lieu de diminuer, augmente.

Enfin, soulignons qu’un financement individualisé aura l’immense mérite de rompre avec l’attribution de labels tels que les ZEP (Zones d’Education Prioritaire) dont la principale conséquence a été de stigmatiser les élèves, les établissements et le corps enseignant en leur signifiant de manière particulièrement visible, à eux et à leur entourage, qu’ils étudiaient dans un établissement se distinguant par ses difficultés, accélérant la fuite des élèves les plus favorisés dans des établissements privés, ou dans d’autres établissements publics à travers le jeu des options.

par maxime0010 (son site) mardi 1er février 2011 - 17 réactions yahoo
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