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Le blog d'education et de formation

Peut-on apprendre à être heureux?

19 Janvier 2011 , Rédigé par mohamedمحمد Publié dans #مقالات واخبار

 Parents & Enfants




paru dans La Croix du 19/01/2011

Peut-on apprendre à être heureux?

Le bonheur est-il à la portée de tous ? Oui, répondent de nombreux psychologues qui insistent sur l’importance de l’éducation et incitent à ne pas le confondre avec le bien-être et les plaisirs immédiats



Le bonheur s’affiche sur les murs, dans les écrans publicitaires, envahit les rayons des librairies qui constatent une véritable frénésie éditoriale : en 2010, 286 livres sont parus sur ce sujet, dont près d’une centaine dans la catégorie « ouvrages pratiques ». Signe d’une époque où chacun veut contrôler sa vie ? « On assiste à un véritable « terrorisme du bonheur », observe le psychiatre Patrick Delaroche, qui se penche aussi sur ce sujet à travers le prisme de la psychanalyse dans un ouvrage paru le 6 janvier dernier chez Albin Michel. (1)

« Aujourd’hui, on n’a pas le droit de se dire triste, il faut pouvoir ne rien se refuser, ne pas rencontrer de limites, « jouir sans entrave ». On confond ainsi le bonheur avec la jouissance, c’est-à-dire le plaisir pur qui ne tient pas compte de l’autre ». Au-delà de notre propre appétence individuelle à la félicité, cette question se révèle aussi éminemment sociale.

« Diriez-vous que vous êtes heureux ? » Interrogés en 2009 par le baromètre CSA/Coca-Cola, 87 % des Français se disaient très ou plutôt heureux, à un point au-dessus de la moyenne européenne, la famille restant le premier facteur d’épanouissement, y compris pour les jeunes. Il convient d’ailleurs de noter que la foi ou le fait de croire en Dieu, rend heureux 11 % des Français (2), soit, environ, la part de pratiquants en France.

Le bonheur s’appuie sur le sentiment d’accomplissement de la vie

Paradoxalement, la consommation d’antidépresseurs des Français est l’une des plus élevée du monde. Car il ne suffit pas de répéter « je suis heureux » comme un mantra pour parvenir à cet état de plénitude qui ne se limite pas à une sensation de bien-être, comme le considèrent les hédonistes, mais s’appuie sur le sentiment d’accomplissement de la vie.

Peut-on apprendre à être heureux, comme à faire de la bicyclette ? Aux États-Unis, où le courant de psychologie positive – l’étude des conditions qui contribuent à l’épanouissement des individus et des groupes – connaît un fort engouement, des universités, à commencer par la prestigieuse Harvard, ont intégré des « cours de bonheur » dans leurs programmes.

En 2007, un lycée du Baden-Wurtenberg en Allemagne leur a emboîté le pas. Si le phénomène est encore anecdotique en Europe, de nombreux ouvrages sur l’apprentissage du bonheur laissent entendre que celui-ci est à la portée de qui veut bien s’en donner la peine. En témoigne l’amusant Cahier de travaux pratiques pour apprendre à être heureux, conçu par Étienne Jalenques, psychiatre, dont  La thérapie du bonheur également paru chez Marabout s’est déjà vendue autour de 90 000 exemplaires.

Une goutte d’eau par rapport aux livres de Christophe André, psychiatre, dont les ouvrages – qu’il s’agisse de Vivre Heureux, de L’art du bonheur ou d’ Imparfaits, libres et heureux, édités par Odile Jacob – sont publiés à plus de 200 000 exemplaires. Sans oublier le foisonnement de manuels éducatifs rédigés à l’attention des parents désireux de rendre leur enfant « heu-reux » !

« Les enfants sans frustrations sont très malheureux »

« Oui, on peut apprendre à un enfant à être heureux », affirme Didier Pleux, docteur en psychologie du développement. Dans son dernier ouvrage sorti en mars 2010 (3), il insiste sur le rôle essentiel de l’éducation. « Les générations précédentes de parents éduquaient leurs enfants dans l’idée de les rendre solides, plus à même d’affronter le monde. Aujourd’hui ils veulent surtout qu’ils soient 'heureux', mais ils confondent plaisir et bonheur. Personne ne croit plus aujourd’hui au bonheur d’attendre et de différer sa satisfaction. Le contexte est la consommation immédiate et à la recherche du plaisir constant. Je ne dis pas qu’il faut répéter aux enfants que la vie est dure, mais les laisser croire que tout est possible les rend vulnérables à toute contrainte. »

Le secret de cet apprentissage repose donc sur la capacité des parents à leur apprendre la réalité «en jouant leur rôle de médiation à la verticale de l’enfant, en le guidant dans ses expériences, en l’aidant à s’exprimer et en étant également capable de le frustrer », insiste-t-il. Autrement dit, il ne sera pas plus heureux parce qu’il a ce qu’il désire, comme l’affirme également le psychanalyste Patrick Delaroche qui observe que « les enfants sans frustrations sont très malheureux ».

« J’ai trois enfants. Contrairement aux deux autres, l’un d’eux ne voit jamais que le verre à moitié vide. Lorsqu’il raconte les vacances qu’il a passées ou une sortie qu’il a faite, il ne souligne que les moments négatifs ou qu’il a vécu comme tels. Il s’entoure d’amis qui ne sont pas fiables, on dirait qu’il cherche les problèmes. Cela me rend perplexe sur sa capacité à goûter les beaux moments de la vie », raconte un père de famille.

La capacité à être heureux rencontre aussi des freins psychiques

Cette vision éducative du bonheur défendue par des psychologues comme Didier Pleux ne risque-t-elle pas de pointer du doigt les parents d’un enfant ou adolescent peu « doué » pour être heureux ? «Non, ils n’ont pas à se sentir coupables. Ce n’est pas la relation qui fait tout, c’est l’apprentissage. Au sein d’une même fratrie, un enfant pose parfois un problème. Les parents sont désemparés, disent qu’ils l’ont éduqué de la même façon que ses frères et sœurs, ce qui est sans doute vrai. Sauf que l’éducation, c’est du sur-mesure : un enfant anxieux a besoin d’être valorisé et ce n’est pas la même chose pour un enfant omnipotent à qui il est important de poser des limites. Cet apprentissage est d’autant plus difficile à effectuer que la famille est aujourd’hui très fermée sur elle-même et que les parents trouvent peu d’aides à l’extérieur », explique Didier Pleux.

Pour le psychanalyste Patrick Delaroche, la capacité à être heureux rencontre aussi des freins psychiques. « Certaines personnes peuvent développer de véritables phobies du bonheur, parfois parce que cet idéal est entaché de faute. On dit de ces personnes qu’elles font leur propre malheur».

D’autant qu’à cet égard, tous les humains ne seraient pas égaux. La question de savoir si le sentiment de plénitude est à la portée de tous agite aujourd’hui la communauté scientifique. Sous l’effet des progrès conjugués de la génétique et de l’imagerie cérébrale, des études montrent que notre aptitude au bonheur dépendrait en partie de nos gènes : il existe des petits et des gros transporteurs de sérotonine – un neuromédiateur qui joue un rôle important dans la régulation de l’humeur – ces derniers, étant a priori, mieux armés pour affronter les épreuves de la vie.

Dans son ouvrage sur les États d’âme, Christophe André tempère cependant l’idée que tout serait joué d’avance. « Si 50 % de nos aptitudes à nous sentir heureux ne dépendent pas de nous, mais de notre génétique et de notre passé, environ 10 % dépendent de notre environnement personnel, et 40 % de nos efforts réguliers, ce qui n’est pas si mal », explique-t-il. Mieux vaut donc être au clair avec soi-même et tenter de lever les blocages qui empêchent de savourer la vie, afin de ne pas transmettre à ses enfants une triste inaptitude à la plénitude…

Il reste que la félicité n’est pas l’apanage de l’enfance. Dans son Portrait social paru en 2008, l’Insee établissait une « courbe du bonheur » en fonction des âges de la vie. Résultat : le « pic » de la plénitude se situe entre 65 et 70 ans. Voilà une perspective qui devrait inciter les plus jeunes à envisager l’avenir avec un bel optimisme.

Marie AUFFRET-PERICONE

(1) Psychanalyse du bonheur, de Patrick Delaroche, Éditions Albin Michel 215 p. 15 €.

(2) TNS-Sofrès pour l’hebdomadaire Pèlerin, 2004.

(3)
  Un enfant heureux, de Didier Pleux, Éditions Odile Jacob, 256 pages, 21,90 €



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