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Le blog d'education et de formation

Le juteux business du soutien scolaire

4 Janvier 2010 , Rédigé par mazagan Publié dans #مقالات واخبار

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Emploi et Carrière

Le juteux business du soutien scolaire
 
· A 200 DH l’heure, la facture peut aller jusqu’à 3.000 DH par mois

· Principale cible: écoles de la mission


· Une aubaine pour les enseignants du public



Les lacunes de l’école publique ont créé un formidable marché: le soutien scolaire. Un véritable business qui s’est développé depuis le début des années 2000 soit par des petites entreprises spécialisées, plus ou moins organisées, soit par des professeurs du privé ou du public, à titre personnel.
Les raisons sont multiples: défaillances du système public (programmes pas toujours bien conçus, retard par rapport au privé…), mais l’effet mode y est pour beaucoup. Les élèves du privé constituent également une bonne clientèle pour les écoles de soutien. «Nous recevons des élèves qui ont un bon niveau, mais les parents insistent à leur souscrire un soutien», indique Younès Alhassani, directeur général de Profs’élèves, école spécialisée dans le soutien à domicile.
En fait, les écoles de soutien savent très bien jouer sur la corde sensible des parents. Dans le privé, le français se pratique dès la 1re année, voire à la maternelle, alors qu’il s’enseigne dès la 2e année du primaire dans le public. Les parents se retrouvent alors dans l’obligation de subvenir au décalage par des cours de soutien.
La sélection exigeante des instituts spécialisés et de l’enseignement supérieur les incite d’autant plus à doper leurs enfants pour optimiser leur chance d’admission. «La demande est beaucoup plus importante dans les classes allant du collège au lycée. Les matières scientifiques sont les plus sollicitées», explique Alhassani.
L’axe Casa-Rabat abrite le plus grand nombre d’écoles de soutien. La majorité de ces écoles visent les établissements de la mission et des grandes écoles. Car «le soutien organisé reste une affaire de familles aisées. Même la classe moyenne ne peut pas se le permettre», souligne le directeur de Prof’élèves.
A 200 dirhams l’heure, voire plus, si on prend l’exemple d’un élève qui a besoin de cours dans 3 matières, moyennant 2 séances par semaine, la facture sera très salée pour les parents en fin du mois. Elle peut aller jusqu’à 3.000 DH. Une activité juteuse, mais à risque. «On travaille à 75% avec de nouveaux clients, car la majorité se désistent soit par manque de moyens, soit qu’ils vont voir une autre école», explique le directeur d’une école de la place.
La haute saison commence à partir de novembre, période de remise des notes des premiers examens. Les écoles affûtent leurs armes pour attirer le maximum de «clients». Cette année, la saison est marquée par l’arrivée de nouveaux protagonistes. La demande accrue semble susciter l’intérêt de plusieurs investisseurs.
Parmi eux, des jeunes associés, ayant fait une première expérience en France, viennent de se lancer dans cette aventure. Inspirée du modèle français, leur école, Pedagogia, se veut novatrice dans sa démarche: «un soutien de proximité qui prend en considération les besoins et les aspirations des élèves, et non seulement des parents», explique Faïçal Oudmine, associé gérant de Pedagogia. Mais la cible est toujours la même: les écoles de la mission.

Des enseignants sur tous les fronts


Dans ce «commerce», les écoles de soutien se basent essentiellement sur les enseignants du secteur public. Payés 100 dirhams l’heure en moyenne, ils font ce métier pour augmenter leurs revenus. Ce qui est légitime, à priori.
D’ailleurs le ministère de l’Education nationale donne aux professeurs du public la possibilité de travailler 6 heures par semaine dans le privé. Mais la réalité en est tout autre.
«Le privé occupe une grande partie de leur emploi du temps, en particulier pour le soutien scolaire», affirme Khadija Benchouikh, présidente de l’Académie du Grand Casablanca.
Un constat confirmé par le directeur d’une école de soutien: «personne ne se conforme à cette exigence de 6 heures. J’ai 150 enseignants, chacun fait en moyenne entre 15 à 20 heures». Certains ont même quitté la fonction publique pour se consacrer à ce business, au demeurant très lucratif. «Dans le public, un enseignant fait 100 heures en moyenne pour 3.500 DH.
Alors que dans le privé il peut facilement gagner 15.000 DH», explique le directeur d’une école de soutien.
Pour ceux qui continuent à assurer les deux tâches, les abus sont flagrants.
Le professeur de classe devient alors celui du soutien et la présence à ses cours est «vivement» conseillée. A Casablanca par exemple, nombreux sont les témoignages de parents qui dénoncent les pratiques des professeurs du public qui se transforment en enseignants de soutien pour leurs propres élèves dans des salles louées au sein des établissements privés. La directrice de l’académie du Grand Casablanca ne dément pas ce phénomène, mais souligne qu’une autorisation est normalement nécessaire pour de telles pratiques de soutien. Déjà, l’autorisation est obligatoire pour les enseignants du public qui veulent juste enseigner dans le privé. En outre, soutenir ses propres élèves n’est pas déontologique et par conséquent non autorisé.
Cependant, tous nos interlocuteurs (sociétés privées, directeurs d’établissement, président d’académie, professeurs…) affirment l’existence de telles pratiques.
Samira, professeur de français, explique qu’elle a souscrit pour sa fille à un soutien scolaire à domicile pour 1.000 dirhams par matière et par mois.
La jeune fille suit 3 matières, soit 3.000 dirhams, et le tout… avec son propre professeur!


Système pervers


Le business du soutien scolaire est pervers. Un inspecteur académique décrit la stratégie des enseignants pour attirer dans leurs filets de nouveaux élèves : «Le professeur convoque les parents. Il leur explique que leur enfant a des difficultés et que la meilleure solution serait qu’il soit «accompagné». Les parents, sonnés, approuvent l’idée mais ne savent pas vers qui se tourner. Le professeur se propose alors de donner lui-même les cours». Quelques semaines plus tard, les notes remontent. Mais comment savoir si l’enfant a vraiment dépassé ses lacunes? Ainsi, le directeur d’une école à Casablanca reconnaît un autre usage: «Les enseignants gonflent les notes des élèves qui fréquentent leurs propres cours de soutien scolaire. Les énoncés des futurs contrôles sont parfois évoqués. Ceci constitue un vrai problème quand on sait que 25% de la note comptant pour le bac résulte du contrôle continu». Ce qui explique, en partie, la baisse des résultats dès lors qu’il s’agit d’examens régionaux ou nationaux. La loi pourtant sanctionne ce genre de pratiques. De temps à autre, des enseignants qui dépassent le seuil des 6 heures sont pris en flagrant délit. La sanction encourue est normalement une ponction sur salaires de 3 mois. Mais, le contrôle reste très limité. Selon la directrice de l’Académie, la difficulté du contrôle tient au fait que ces pratiques s’amalgament le plus souvent à la sphère privée. Les autorités se sentent alors impuissantes.

Tarik HARI

 
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