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Le blog d'education et de formation

La crise américaine est aussi une crise de l’éducation

29 Octobre 2010 , Rédigé par mohamedمحمد Publié dans #مقالات واخبار


La crise américaine est aussi une crise de l’éducation



Alors que se tiennent mardi 2 novembre les élections au Congrès marquant la seconde partie du mandat de Barack Obama, toutes les enquêtes internationales le confirment : l’école américaine stagne


Barack et Michelle Obama dans une école à charte de Washington, le 3 décembre 2009 (Jim Watson/AFP)


En votant mardi 2 novembre pour leurs sénateurs, députés et gouverneurs, les Américains auront en tête une image plutôt sombre de leur pays : déficit budgétaire record, chômage qui stagne à près de 10 %, en moyenne nationale, mais approche les 15 % dans certains États, croissance mollassonne.

Pendant la campagne, ils ont beaucoup entendu parler du besoin de se serrer la ceinture, de couper dans les dépenses pour rendre au pays sa compétitivité et lui donner un nouveau souffle. Mais ils ont en revanche peu entendu parler d’un sujet qui, pourtant, pourrait être au cœur du nouveau doute américain : l’éducation.

Le nombre de diplômés augmente moins que dans d'autres pays

À plusieurs reprises, Barack Obama a tiré le signal d’alarme, pour déplorer le glissement de la position américaine dans la hiérarchie mondiale. En août dernier, à la remise d’un rapport très attendu sur la question, il a encore une fois fait part de sa frustration : les États-Unis ne sont plus en pointe pour la formation supérieure.

Dans son étude très approfondie, le College Board, une ONG fondée en 1900 à New York pour améliorer le système éducatif, indiquait que 40,4 % des Américains âgés de 25 à 34 ans étaient titulaires d’un diplôme d’enseignement supérieur – bien loin, par exemple, des Sud-Coréens du même âge (55 %). Autrefois en pole position, les États-Unis ont rétrogradé et occupent désormais la douzième place, derrière la Russie, l’Irlande ou la France.

Non pas que le nombre des Américains diplômés baisse. Mais il augmente moins que dans d’autres pays, qui eux ont mis les bouchées doubles, au point de dépasser désormais les États-Unis. Et les Américains se mettent d’un coup à mesurer ce qui ne tourne pas rond dans leurs écoles. Dans les lycées, par exemple, dont des milliers de jeunes claquent quotidiennement la porte avant d’avoir décroché le bac.

« Chaque jour d’école, 7 000 lycéens jettent l’éponge sans diplôme, déplore l’ONG Alliance for Excellent Education. Il y a cinquante ans, on pouvait ne pas faire attention à cette statistique. Mais c’est fini. Car l’époque pendant laquelle on pouvait trouver, sans le bac, un emploi offrant un salaire permettant de vivre est révolue aux États-Unis. »

Les « usines à échec »

En d’autres termes, ces 7 000 lycéens qui, chaque jour, laissent tomber ne peuvent plus, à l’inverse de leurs parents, travailler à l’usine chez General Motors ou chez Chrysler, dans une mine ou à la ferme, pour un salaire correct. Ces emplois sont en voie de disparition et, en raccrochant leur cartable, ces jeunes Américains se condamnent à frapper à la porte de McDonald’s ou de Walmart, le géant de la grande distribution et, de loin, premier employeur privé aux États-Unis, pour un salaire réduit au strict minimum – autour de 8 dollars de l’heure (5,70 €).

Ce problème est un problème majeur aux États-Unis, dans toutes les régions du pays. Au Kentucky, à la limite du Midwest et du Sud, par exemple, où 6 000 élèves désertent chaque année. « Dans certains États, l’école est obligatoire jusqu’à 17 ou 18 ans, chez nous, c’est 16 ans, explique Lisa Gross, du ministère de l’éducation de l’État. Alors quand ils décrochent au lycée, certains laissent tomber. » Dans des lycées de Louisville , un jeune sur deux qui rentre au lycée quitte l’école sans diplôme – comme la Valley High School ou la Fern Creek Traditional High School. Des écoles qui ont droit à l’étiquette infamante de drop out factory (« usine à échec »).

On en compte environ 2 000 dans le pays – soit 12 % du nombre total de lycées. Ces établissements sont à eux seuls responsables de la moitié des abandons. On les trouve répartis sur tout le territoire, mais tout le monde n’est pas logé à la même enseigne : ce sont principalement les minorités ethniques qui trinquent. De la génération entrée au lycée en 2007, seulement 54 % des Noirs américains ont obtenu leur diplôme, contre 69 % en moyenne, et 77 % chez les Blancs. Record absolu pour les Asiatiques, avec 81 % de diplômés.

Le bonnet d'âne en lecture et mathématiques

« Contrairement à ce qu’on pense, ce n’est pas seulement une question de niveau, poursuit Lisa Gross. C’est le plus souvent une question d’ennui : les jeunes ne comprennent pas pourquoi ils sont là. C’est pourquoi nous avons développé des programmes que nous pensons novateurs, comme l’Individual Learning Plan, qui permet aux jeunes de dire, dès l’entrée au collège, ce qu’ils veulent faire plus tard. Les élèves remplissent un formulaire en ligne, avec l’aide des parents et des professeurs sur leurs envies, leurs intentions. Ils reçoivent alors des conseils sur les cours à prendre, les choix à faire, pour donner un sens au lycée. »

Dans d’autres écoles, des mesures plus radicales ont été prises : certains lycées du Kentucky séparent les garçons et les filles, d’autres mettent à part ceux qui arrivent en seconde, année charnière, pour les mettre à l’abri de l’influence parfois perturbatrice des plus grands.

Mais le nombre des diplômés n’est pas le seul indicateur qui compte pour assurer un meilleur avenir à un pays et faire tourner une économie. « Par exemple, l’Allemagne a une meilleure économie que la France, en dépit d’un nombre de diplômés du supérieur, chez les 25-34 ans, deux fois plus faible, relève Grover Whitehurst, chercheur à la Brookings Institution, un centre d’études à Washington. Ce qui est plus révélateur, c’est souvent le niveau en mathématiques et en lecture. »

Et les derniers résultats ne sont pas fameux pour les États-Unis : selon les comparaisons de l’OCDE, qui réalise tous les trois ans une enquête internationale auprès des élèves de 15 ans, les États-Unis n’ont pas la moyenne. En lecture, ils sont quinzièmes sur trente. En mathématiques, c’est encore pire, et le bonnet d’âne n’est pas loin – vingt-cinquièmes sur trente.

Sur le plan éducatif, les Etats-Unis n'inspirent plus

Pour les experts, cette dégringolade n’est pas le signe d’une baisse du niveau de l’enseignement aux États-Unis, mais bien d’un surplace des Américains, qui voient les autres pays leur passer devant, allant piocher à droite et à gauche ce qui marche. Quand les États-Unis se sont endormis sur leurs lauriers et, depuis trente ans, n’avancent plus. Il y a cinquante ans, le pays était une source d’inspiration pour les professionnels de l’éducation du monde entier. Plus maintenant.

Un diagnostic également fait par la Maison-Blanche : dans le cadre de son plan de relance de l’économie, le gouvernement Obama a mis en place un fond doté de 4,35 milliards de dollars (3,1 milliards d’euros) pour aider les États – l’éducation est une compétence des États fédérés, non de Washington – à mettre en place des programmes innovants. Notamment à destination des secteurs affichant les plus mauvais résultats – les enfants issus de familles pauvres et des minorités ethniques.

Chaque État est appelé à présenter ses projets, mais la démarche est hautement compétitive : seuls 12 d’entre eux ont convaincu Washington. Le Kentucky, par exemple, a été recalé. « Nous travaillons dur et nous allons retenter notre chance, assure Lisa Gross. Si le Congrès veut bien voter la mise des fonds à disposition. » Ce qui est tout sauf certain si le Congrès, mardi 2 novembre, bascule dans le camp républicain.

Gilles Biassette, à Louisville (Kentucky)

voir:

http://www.la-croix.com/La-crise-americaine-est-aussi-une-crise-de-l-education/article/2444201/4077

 

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