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Le blog d'education et de formation

L'ENFANT ET LA LECTURE INTERACTIVE :1

5 Mai 2011 , Rédigé par mohamedمحمد Publié dans #موضوعات تربوية


Note : Ce mémoire a été rédigé en juin 1999 dans le cadre de ma maîtrise de Sciences et Techniques en Hypermédia à Paris8. Malgré le thème de ce mémoire, les quelques pages qui suivent ne contiennent aucune interactivité et très peu d'hypertexte. Je vous déconseille donc fortement sa lecture à l'écran ! Je vous invite à l'imprimer (une vingtaine de page) pour un meilleur confort de lecture et pour goûter encore, tant qu'il est temps, au plaisir de la lecture sur papier !


TABLE DES MATIÈRES

EDITO


I – QUAND LA LITTERATURE DEVIENT VIRTUELLE

A – La littérature jeunesse : comment a-t-elle séduit le support informatique ?

1 – Un peu d’histoire(s)…
2 - Les facteurs qui ont contribué à l’explosion d’une littérature dédiée aux enfants
3 – Une littérature plurielle(s)

B – Quand le livre s’anime…
1 – D’où viennent-ils ? Pourquoi se sont-ils développés ?
2 – Quand est-il du livre animé aujourd’hui ?
3 – Pourquoi ça marche ?
4 – Quel enseignement peut-on tirer de ce genre littéraire dans l’analyse des livres électroniques animés ?

C – Le mariage de la littérature et du multimédia
1 – Ce que l’histoire nous apprend des supports de lecture.
2 – Vers un nouveau genre littéraire ?
3 – Un engouement à relativiser.


II – QUELLE LITTERATURE INTERACTIVE POUR LES ENFANTS

A – Le cédérom, nouveau livre de chevet des enfants ?
1 – L’édition veut croire au livre électronique pour les enfants
2 – Livre interactif : mode d’emploi.
3 – Histoires interactives ou livres sur écran ?

B – Quelles histoires interactives pour les enfants sur Internet ?
1 – Histoire interactive…où es-tu ?
2 – Au pays des sites où il faut cliquer pour lire.
3 – Quelles lectures pour les enfants sur le Web ?

C - Histoires interactives : s’avoir s’adapter à un nouveau support.


III – LIRE SUR SUPPORT INFORMATIQUE

A – La lecture et l’enfant : une rencontre décisive
1 – Quand le goût de lire vient aux enfants…
2 – Agir et interagir sur sa lecture : une nécessité pour l’enfant ?
3 – Lire à l’aube du XXIe siècle.

B – L’ordinateur, le meilleur ami de l’enfant
1 – Ordinateur, mon ami.
2 – Pourquoi utiliser l’ordinateur dans l’apprentissage de la langue écrite ?
3 – Quand la pratique ne suit pas la théorie

C – Lire des fictions interactives
1 – Interactif tu seras !
2 - Ce que change le document hypermédia dans notre rapport à l’écrit
3 – le statut particulier du lecteur

D – Quelle littérature interactive peut-on proposer à des enfants ?
1 – L’enfant peut-il tout simplement lire l’hypertexte ?
2 – Comment rester lisible ?
3 – Quel produit multimédia peut-on finalement proposer à un enfant ?

IV – INTERNET ET LANGUE ÉCRITE

A – Apprendre à lire le multimédia : où en est-on ?
1 – Tu lis ? Non, je navigue.
2 – Une question culturelle
3 – Le rôle de l’école

B – Que peut apporter Internet dans l’apprentissage de la langue écrite ?
1 – Internet : une certaine conception de l’écrit.
2 – Effets positifs constatés
3 – Les smileys ou comment Internet a déjà bouleversé notre conception de l’écrit.

C – Quand Internet invite les enfants à écrire

V – CLICKSOURIS : UN SITE D’HISTOIRES INTERACTIVES SUR INTERNET

A – Naissance d’un projet
1 – Pourquoi publier des histoires pour enfants sur support informatique ?
2 – Quelles histoires publier ?
3 – Pourquoi publier sur Internet ?

B – Présentation de Clicksouris
1 – Les objectifs
2 – D’une idée à…Clicksouris
3 – La charte graphique
4 – La navigation


BILAN ET PERSPECTIVES

BIBLIOGRAPHIE

EDITO

L’arrivée massive des hypertextes et hypermédias dues à l’émergence du réseau Internet remet en question nos repères de lecture et notre rapport à l’écrit. Elle implique des réflexions sur les stratégies de lecture, sur la lecture-navigation dans une masse sans cesse grandissante d’informations, sur le caractère pluricodique des activités de lecture-écriture, mais aussi sur la nécessaire prise en compte de la structure de l’information.
Il n’est pas utopique d’affirmer que les documents hypermédias et les nouvelles formes de lectures qu’ils induisent vont se généraliser.
Il me paraissait par conséquent intéressant de se pencher sur ce besoin croissant d’interactivité, et nécessaire d’évaluer, dès à présent, les conséquences de ces nouveaux modes de lectures sur notre rapport à l’écrit.
Cette évaluation aurait pu me conduire vers une réflexion alarmiste…au contraire, je suis persuadée que ces nouveaux outils peuvent être de véritables atouts pour l’écrit et surtout dans la découverte du langage écrit.
C’est pourquoi j’ai décidé de m’interroger sur l’impact de la lecture et l’écriture interactive sur les enfants.
Quelques précisions sur le vocabulaire…
Fiction hypertexte, histoire interactive, document hypermédia…il n’est pas toujours facile de savoir ce que cachent ces termes.
Par l’appellation "lecture interactive " j’entends :
D’une part, la lecture d’un hypermédia, à savoir un document diffusé sur support informatique comprenant des nœuds d’informations reliés entre eux par des liens de natures diverses : textes, images statiques ou animées, séquences sonores, vidéo…
D’autre part, je n’entends pas uniquement par "interactive " la possibilité d’une action réciproque, mais une lecture où l’individu utilise sa logique, sa réflexion, son sens de l’observation et son imagination pour progresser dans le récit en activant ces liens.
Une lecture interactive est indissociable, à mon avis, des notions de choix, de libre-arbitre et de maîtrise de son récit.
M’intéresser à la lecture d’hypermédias par et pour les enfants c’est à la fois évaluer le rôle de l’interactivité à une étape déterminante de l’évolution de l’individu : sa découverte et son apprentissage du monde de l’écrit.
C’est aussi m’intéresser à un public qui est en train de vivre pleinement l’émergence des nouvelles technologies de l’information, un public qui motive déjà une littérature riche et plurielle, à l’affût d’interactions entre son support et ses lecteurs.
J’ai décidé de m’intéresser expressément aux enfants âgés de 5 à 10 ans (enseignement primaire) car c’est, en général, à l’âge de l’apprentissage du langage écrit que se détermine pour toujours le goût pour la lecture. Que peux apporter à l’enfant cette nouvelle dimension donnée à l’écrit ?
Comment l’interactivité avec le support informatique peut-elle être un atout pour l’enfant dans son appréciation de la lecture ? Enfin, rien ne pouvait mieux appuyer mes convictions qu’une démonstration empirique.
Cette réflexion s’achève par la présentation de Clicksouris, un site d’histoires interactives pour enfants, un site où il est tout simplement interdit de ne pas être curieux !

I - QUAND LA LITTÉRATURE DEVIENT VIRTUELLE


A – La littérature jeunesse : comment a-t-elle séduit le support électronique ?

Je ne me lancerai pas ici dans un historique fastidieux de la littérature jeunesse car ce n’est pas le propos de ce mémoire. Par contre, afin de mieux comprendre pourquoi les écrits pour la jeunesse sont, plus que d’autres, exploités sur supports électroniques, il me paraît nécessaire de relever ses caractéristiques et certaines particularités de son évolution.
La littérature jeunesse est aujourd’hui un genre (des genres) à part entière possédant ses propres librairies, sa presse spécialisée (Citrouille, Livres jeunes aujourd’hui…), ses salons (Montreuil, Bologne…), et étudié dans les universités (Lille, Montréal…)
Mais il faut savoir que l’idée de dédier une littérature à la jeunesse n’est pas née en un jour. Sa naissance s’est déroulée progressivement, au fil de l’évolution du statut de l’enfant dans la société, du progrès de l’éducation, de la démocratisation de l’enseignement mais aussi de la mise en place de nouvelles technologies.

1 – Un peu d’histoire(s)…
Née dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, la littérature jeunesse fut d’abord une littérature de classe, destinée à l’aristocratie puis à la bourgeoisie naissante. Considéré jusque là comme un adulte en miniature, l’enfant partageait leurs lectures, des contes et des fables le plus souvent.
L’évolution des mœurs et l’œuvre de Rousseau comme Emile (1762) attribuèrent peu à peu à l’enfant un statut spécifique dans la société. L’enfant est lentement perçu comme un être doté de besoins et de goûts propres.
Le XIXe siècle rassembla les facteurs nécessaires à l’essor d’une nouvelle littérature. L’environnement politique favorise d’abord l’éclosion du genre : la loi Guizot (1833) organise l’instruction primaire. La révolution industrielle, les progrès de l’alphabétisation et le fantastique déploiement de la presse enfantine favorise le développement d’un nouveau public plus large et appartenant à des classes diverses. La bibliothèque rose de Hachette promeut des auteurs comme la Comtesse de Ségur, alors que le Magazine d’Education et de Récréation des éditions Hézel publie des textes spécialement conçus "pour amuser les enfants en exerçant leur imagination au profit de leur cœur ".
A la fin du XIXe, les productions sont encore onéreuses. Avec le XXe siècle, l’édition pour enfants entre dans une ère de production de masse. Il faut désormais produire de plus en plus vite des albums dont la diffusion ne cesse de croître. Les objectifs
éducatifs des livres pour enfants se relâchent tandis que le genre comique et les histoires en images se développent (Pieds Nickelés, Babar…)
Freinée par les deux guerres mondiales, la littérature profite pleinement de l’après-guerre pour se mondialiser et aborder des thèmes du quotidien comme la paix et la tolérance.
La littérature jeunesse subit et réagit aux évolutions sociales, économiques et technologiques. Le mouvement de contestation de mai 1968 engendre une remise en cause des valeurs traditionnelles qui touche également le monde du livre pour enfants. On se rend compte que des thèmes du quotidien peuvent être abordés par la littérature jeunesse comme la sexualité ou la mort.
Innovante, la littérature jeunesse jouit depuis une dizaine d’année d’une réputation de dynamisme et de créativité. En France, environ 4500 titres sont publiés chaque année pour 1700 créations nouvelles.
Aujourd’hui, tous les éditeurs ont un département jeunesse et leur offre est de plus en plus variée ; chacun semble avoir trouvé son créneau dans ce secteur. Gallimard a misé sur le savoir et la découverte, Hachette, Nathan et Casterman sur le roman, Grasset les albums, Le sorbier les plus petits…

2 – Les facteurs qui ont contribué à l’explosion d’une littérature dédiée aux enfants
Comme nous venons de le voir, l’évolution de la littérature jeunesse est fortement liée à l’évolution des mœurs. On peut en fait relever trois facteurs socioculturels majeurs qui ont contribué à l’explosion d’une littérature dédiée aux enfants ces vingt dernières années.

  • Le statut du livre a changé
    Autrefois, (et je ne parle pas de périodes ancestrales mais de quelques dizaines d’années !) le livre destiné à l’enfant devait avant tout instruire. Ma grand-mère qui était obliger de se cacher pour lire les livres quand elle était enfant, m’a souvent racontée qu’elle se faisait traiter de fainéante quand on l’a surprenait en flagrant délit de lecture "qui lui polluait l’esprit ".
    Même le livre de bibliothèque qui pouvait distraire devait être avant tout éducatif.
    Aujourd’hui le livre distrait, effraie, enseigne, conseille, interroge…bref il reflète la vie et toutes ses évolutions.
  • Le statut du "lire " a changé
    D’un point de vue technique, il faut que les enfants sachent lire. Mais depuis que des psychologues et psychiatres comme Françoise Dolto, Marc Soriano ou Bruno Bettelheim se sont penchés sur la littérature enfantine on sait que la lecture peut aussi aider l’enfant à se construire, se connaître, se penser dans le monde qui l’entoure.
    On sait également que la maîtrise de l’écrit confère un statut social dans notre société. Et c’est encore plus vrai depuis ces vingt dernières années ou le non-lecteur est tout simplement considéré comme un exclu.
  • Le statut de l’enfant a changé
    Sans aller jusqu’à dire que c’est le facteur le plus important, c’est le plus décisif et le plus récent. La littérature jeunesse ne serait pas aussi riche et diversifiée si l’enfant n’était pas reconnu comme un individu à part entière avec ses besoins et ses spécificités propres en terme de lecture.
    L’idée que l’enfant est plus qu’un sous-homme est assez récente. A l’école surtout, l’enfant n’est plus seulement considéré comme un élève mais bel et bien comme un enfant, un être à part entière qui est là pour grandir et se former en tant que personne sociale.
    En leur proposant des livres qui leurs sont destinés, on s’intéresse à ce qu’ils en pensent, aux lectures qu’ils en font.
    L’école a eu rôle décisif pour que l’enfant bascule du statut d’apprenant au statut de lecteur.

3 – Une littérature plurielle (s)…
Contrairement à la littérature que je qualifierais de classique, la littérature jeunesse se caractérise par sa pluralité tant dans le fond que dans la forme.
La littérature jeunesse n’est pas un genre en soi mais elle les comprend tous : roman, album, policier, mystère et aventure, science fiction…ainsi que des genres auparavant réservés à une cible de préférence adulte comme le roman-photo (La mémoire des scorpions de Christian Bruel) ou encore des romans à dimensions philosophiques (L’œil du loup de Daniel Pennac).
Avec la littérature jeunesse, on navigue dans toutes les catégories d’œuvres, de sujets, de tons, de styles. Il n’y a plus aujourd’hui beaucoup de tabous quand on s’adresse aux enfants. Le livre pour enfant reflète le monde qui l’entoure et l’aide à le comprendre en abordant des thèmes du quotidien aussi divers que douloureux comme le chômage, le divorce, la mort d’un proche ou encore la solitude, le sentiment amoureux, la jalousie…
Le livre répond à des questions que les parents peuvent difficilement aborder et parle de ce que l’enfant n’oserait jamais dire parce qu’il se croit seul et coupable de le penser.
On assigne donc aux livres des fonctions multiples parfois sujet à polémique quand le livre devient citoyen et protège l’enfant des dangers qui le menace : pédophilie, violence à l’école, racisme…mais c’est un autre débat.
Le livre pour enfant change et évolue dans sa forme également. Et cette pluralité des supports est un caractéristique primordiale de la littérature jeunesse par rapport à la littérature classique.
Le livre pour enfants peut avoir aujourd’hui tour à tour des allures de livre de poche, d’albums, de magazines, d’ateliers de créations, d’écran d’ordinateur…mais surtout il sait depuis des années se sortir du schéma rectangulaire associant cartons et papiers. Rond, triangulaire, en forme d’ours ou de camion de pompier, en tissus, bois ou plastique…le livre pour enfants c’est toutes les formes et toutes les matières.
Comme nous allons le voir, la littérature jeunesse plurielle dans sa forme est dans son contenu s’autorise d’avantages de fantaisies physiques et c’est sûrement ce qui l’a conduit avec plus d’aisance vers l’édition électronique.

B – Quand le livre s’anime…

Livre animé, interactivité, hypertexte…sont souvent présentés comme des concepts nouveaux en littérature.
Les auteurs qui se sont penchés sur les particularités des documents hypermédias par rapport aux œuvres "classiques " sur papier, comme Jean Clément ou Michel Bernard, ont souligné, à plusieurs reprises dans leurs ouvrages, que "le refus de soumettre le texte à la succession réglée d’un ordre définitif n’est pas nouveau ". ( Extrait de L’hypertexte de fiction : naissance d’un nouveau genre ? Jean Clément, université de Paris 8, Paris, France)
Livre dont vous êtes le héros, expérience de lectures combinatoires et non séquentielles… le document hypermédia trouve ces ancêtres dans de nombreux essais de littérature fragmentaire.
Je ne me lancerai pas dans un historique du document hypermédia à travers l’exploration de la littérature classique car ce n’est pas mon propos et d’autres l’ont déjà très bien fait avant moi. De plus cette volonté des auteurs de rendre le lecteur de plus en plus maître de son récit semble aujourd’hui presque incontestable.
Par contre, il me paraît intéressant de se pencher sur la littérature jeunesse, qui, malgré ses deux siècles d’existences, essaye depuis longtemps, et plus que tout autre, de rendre son lecteur acteur de son récit.
Je me suis intéressée à trois genres de la littérature enfantine qui sortent incontestablement, dans la forme ou dans le fond, du format classique du livre pour faire de leur jeune lecteur des lecteurs actifs.
Les livres objets, les livres jeux et surtout les livres animés sont sûrement les ancêtres des livres interactifs proposés aujourd’hui aux enfants sur CDRom et reflète incontestablement un besoin de faire participer activement les enfants à leur lecture.

1 – D’où viennent –ils ? Pourquoi se sont-ils développés ?
Comme nous l’avons vu, le livre pour enfant est sorti de son support rectangulaire, lisse et en papier depuis plusieurs années déjà. Si les livres animés se sont définitivement appropriés le marché de la littérature enfantine et qu’ils ont explosé avec elle, ce n’est pourtant pas là qu’ils sont nés.
Je ne me lancerai pas ici non plus dans un historique de ce type d’ouvrage, mais je signalerai simplement que les premiers livres animés sont nés au début du XVIe siècle afin d’expliquer le fonctionnement du monde ou le mécanisme complexe d’une machine.
Très tôt, nous avons donc ressenti le besoin d’accompagner le texte d’une animation pour en faciliter sa compréhension.
Le livre animé va conserver son rôle documentaire pendant des siècles pour être définitivement adopté dans les années soixante par la littérature jeunesse qui se prête à merveilles aux fantaisies de l’animation et à la volonté de l’enfant d’agir sur son environnement.
" L’humour de la surprise est celui qui marche le mieux avec les enfants" (Extrait d’un article paru dans CITROUILLE, Revue trimestrielle de l’Association des libraires pour la jeunesse, N°1, avril, 1992.)
Le monstre qui "surgit " de la page à son ouverture ou le personnage caché qui apparaît quand on tire sur la languette…cet humour de la surprise est le ressort essentiel de ces livres comme des livres animés sur cédérom.
Mais, ces livres qui invitent l’enfant à agir sur leur lecture ont véritablement explosé en même temps que la pédagogie et la psychologie révélaient le besoin qu’à l’enfant d’agir par tâtonnement et les formidables capacités d’apprentissages des moins de 5 ans, cibles pour lesquels le livre animé rendait possible un premier vrai contact avec la lecture.


2 – Quand est –il du livre animé aujourd’hui ?
Catégorie à part entière dans les rayons jeunesse des librairies, le livre animé profite actuellement de l’engouement de l’édition pour l’interactivité amené par l’émergence du multimédia. Comme le confirme un article paru dans Livres jeunes aujourd’hui (Article intitulé Ses pages qui bougent, paru dans le numéro 5 de mai 1994 de Livres Jeunes Aujourd’hui, revue d’information sur la littérature jeunesse.) on assiste à un accroissement et une diversification des livres animés. Dans cette diversification on peut sûrement y intégrer sa transposition sur support électronique : cédérom et Internet.
Ces livres prennent toutes les formes, s’habille de matière quasiment indestructible, avec des poches, accompagnés d’une peluche, se transformant en mobile, en jouet, en scène à trois dimensions. Ils rivalisent parfois avec le théâtre de marionnettes miniatures. Dans d’autres on trouve une grande interactivité : des languettes à tirer, des rabats à soulever, le livre se laisse découper, nouer, auto-coller, scratcher, gratter…
Dans le cas des livres jeux comme ceux que proposent les éditions Gründ, c’est la mémoire, le sens de l’observation, la curiosité, la logique, l’imaginaire de l’enfant qui sont sollicités. A l’image des histoires dont on est le héros, ces livres sont de véritables fictions interactives où l’enfant entre dans la peau d’un personnage pour réaliser une mission. Pour cela, il doit résoudre des énigmes, trouver des objets dans le décor…et progresse dans le récit de façon non linéaire.
En France, les éditions Albin Michel dominent largement le marché des livres animés avec plus de cent titres, genre qui est une tradition dans la maison puisqu’ils en fabriquent depuis la création de leur section jeunesse en 1981.

3 – Pourquoi ça marche ?
Le livre animé (objet, jeux…) a réussi à prendre une grande place sur le marché du livre de jeunesse car on a misé avec lui sur le caractère ludique des apprentissages tout en maintenant le statut privilégié du livre. C’est un livre interactif, c’est un livre objet, oui, mais c’est un livre ! D’ailleurs les éditeurs semblent l’avoir compris et pour légitimer leurs productions sur support électronique destinées aux enfants ont conservé cette appellation de "livre animé ".

4 – Quel enseignement peut-on tirer de ce genre littéraire dans l’analyse des livres électroniques animés ?
On reproche souvent à ces livres d’être chers, fragiles et relativement éphémères mais leurs qualités techniques, pédagogiques, éducatives, ludiques, leur faculté à faire rire, rêver, leur interactivité sont désormais reconnues.
Des études ont prouvé (Ces pages qui bougent, article paru dans le numéro 5 de mai 1994 de Livres jeunes Aujourd’hui ) que le lecteur en manipulant des tirettes agit sur l’information à véhiculer et l’assimile donc mieux.
Dans un article de Citrouille de mars 1993 intitulé Comment donné à l’enfant l’envie de lire ? il est spécifié que :
" Les livres animés, les livres interactifs et livres dont vous êtes le héros ont déjà permis à de nombreux enfants de découvrir la lecture en s’égarant avec jubilation dans des labyrinthes infernaux. Si l’ont veut gagner l’enfant à la littérature, n’oublions pas qu’elle est plurielle. "
Dans un autre article sur le plaisir de lire paru dans le Citrouille numéro 13 de juin 1996, il est conseillé de proposer aux enfants des livres jeux qui "offre une rencontre attractive avec le livre, tout en obligeant à la concentration sur la page ".
Il est désormais prouvé que ces livres peuvent motiver des enfants non lecteur à condition que l’objet du livre soit bien le récit et non l’interaction. On a beau préciser sur la couverture que "la lecture est indispensable à la compréhension et au plaisir des manipulations " on a souvent l’impression qu’on a enrobé le texte à lire d’objets à utiliser, monter, découper…qui prouveront, une fois manipulés, l’acte de lecture.
Mais trop d’interaction finit par faire oublier à l’enfant les différents niveaux de lecture du texte et de l’image si bénéfiques à son imaginaire et à son développement. De ce fait, on ne sait parfois pas trop si l’on doit considérer ces livres comme des appauvrissements du livre ou comme une nouvelle mise en valeur du jeu. C’est exactement dans ce type de piège que ne doivent pas tomber les éditeurs qui proposent des livres animés sur support électronique surtout avec les nouvelles formes d’interactivité que rend possible le multimédia.
Par son caractère interactif, il est difficile de ne pas faire une parallèle entre le livre animé papier et le livre animé informatique. Le multimédia ne donne-t-il pas justement une dimension nouvelle à l’interactivité maximale recherchée par ce genre littéraire ?
N’ouvre-t-il pas justement la porte à des animations plus riches, plus élaborées, plus interactives qui se trouvent limitées par les mécanismes papier.
Ces livres ne sont-ils pas la preuve que la littérature jeunesse est friande de supports qui rendent possible une interaction de plus en plus grande entre l’enfant et sa lecture ?
L’enseignement qu’on tire de l’utilisation du livre animé papier peut certainement beaucoup nous apprendre sur les bienfaits et méfaits des livres électroniques destinés aux enfants.

C – Le mariage de la littérature et du multimédia
Comme le dit Jean Clément dans Apprendre à lire avec les multimédias, où en est-on ? , "le livre électronique n’est plus aujourd’hui un objet de science fiction ". Il suffit de constater la place croissante qu’il prend dans les manifestations littéraires. Le salon du livre de la porte de Versailles, qui s’est déroulé cette année du 19 au 24 mars 1999, est désormais sous-titré " Livres-Revues-Multimédia ".
Cette intégration et cette reconnaissance du multimédia dans le domaine littéraire sont encore plus évidentes quand on se penche sur les manifestations littéraires dédiées à la jeunesse.
Le Salon du Livre de Jeunesse de Montreuil intègre un stand multimédia à son salon depuis 1992. La première année, le stand prenait la forme d’une tente à l’écart du salon, et attirait quelques curieux, souvent sceptiques, et parfois choqué de trouver des ordinateurs au milieu des livres. Six ans plus tard, avec ses 300 m2, le stand multimédia était, cette année, le plus grand du salon, le plus visité et trônait en son centre entouré par une dizaine d’éditeurs multimédia !
Peu à peu le multimédia trouve sa place dans le secteur littéraire. Sa reconnaissance est lente mais plus évidente dans le secteur de la littérature enfantine, plus ouvert à la fantaisie et moins attachée à des valeurs traditionnelles.

1 - Ce que l’histoire nous apprend des supports de lecture
L’histoire de l’écriture montre que chaque nouveau support a amené une nouvelle dimension à la lecture et l’écriture. L’alphabet a donné accès à la linéarité, le codex à l’exploitation de la dimension tabulaire de la page, puis le livre et son découpage en pages, chapitre, paragraphes…ont introduit la dimension de volume.
L’écriture a toujours été spatiale et chaque technologie dans l’histoire de l’écriture a proposé au scripteur et au lecteur un nouvel espace à exploiter.
" Qu ‘en est-il de l’hypertexte littéraire ? Ce mode d’organisation des données permis par l’informatique ne sert à l’heure actuelle qu’à présenter des informations encyclopédiques, le plus souvent techniques. Mais il ne fait aucun doute que ce média servira un jour de support à l’expression littéraire. Il serait inouï qu’à un média nouveau ne correspondent pas des modes d’expressions nouveaux "(Lire l’Hypertexte par Michel Bernard, Université de la Sorbonne Nouvelle, Paris, France ).
Il semble que le support informatique soit enfin accepter comme nouveau support de lecture et d’écriture mais on est encore en train d’apprendre à exploiter cet espace.

2 – Vers un nouveau genre littéraire ?
Il semble évident que la transposition du texte sur un tel support transforme la nature du texte même, mais peut-on déjà parler d’un nouveau genre littéraire généré par ordinateur ?
La majorité des textes qu’on trouve sur support électronique sont des textes numérisés brut dont le cédérom ou Internet facilitent la diffusion au plus grand nombre et permet de donner accès à tout un tas de textes introuvables par les voies classiques.
Les textes destinés à être lu sur ordinateur se font déjà plus rares. On trouve sur Internet quelques expériences de fictions hypertextuelles interactives mais peu d’éditeurs de cédérom ont osé se lancer dans ce type d’écriture qui appartient encore à la littérature expérimentale.
Les éditeurs se contentent, essentiellement, de reproduire le schéma des livres classiques sans avoir encore réellement compris qu’un écran n’est pas un livre et que les techniques d’hypertexte, d’interactivité et les propriétés du réseau offrent des perspectives nouvelles et vont certainement contribuer à modifier considérablement notre rapport à la lecture.
Nous verrons pourtant que les données sont légèrement différentes dès que nous abordons la production pour la jeunesse.

3 - Un engouement à relativiser
Le multimédia a beau être très présent dans les manifestations littéraires, le livre électronique proprement dit n’en est encore qu’à ses balbutiements. Les éditeurs ont quasiment tous créés depuis 1995 un département multimédia mais leur élan est freiné par deux raisons essentielles.
Malgré une évolution constante, l’ordinateur et Internet ne font pas partie du quotidien d’une grande frange de la population française. Leur utilisation se démocratise, mais lire sur écran, faire de la recherche documentaire ou encyclopédique sur cédérom ou Internet demande des compétences qui ne sont pas forcément innées et qui sont surtout loin de faire partie des pratiques culturelles courantes des français.
Hypertexte, arborescence, navigation… ont peut être trouvé leur place dans le Petit Robert mais pas dans tous les esprits.
Alors pourquoi investir dans un secteur qui n’a pas encore trouvé son public ?
La première raison était avant tout culturelle, la seconde est d’avantage économique.
Si les éditeurs peuvent avoir la main mise sur la production de cédérom, les perspectives de publications du réseau Internet les inquiètent dangereusement.
Il faut se mettre à leur place. Avoir la possibilité de diffuser sur un support accessible à un très large public, et sans intermédiaires, se proclamer auteur sans avoir à se soucier des sélections, censures ni droits d’auteurs…. ne plait pas beaucoup aux éditeurs qui voient leur métier sérieusement mis en danger.
Ils ne méprisent pas l’édition électronique car ils en ont flairé le potentiel mais…prudemment, ils affichent un profil bas face à ces supports qui leur échappent encore.

 

II – Quelle littérature interactive pour les enfants ?

A – Le cédérom : nouveau livre de chevet des enfants ?

Nous avons montré dans cette première partie que le multimédia et Internet se font doucement leur place dans le secteur littéraire. Nous avons aussi vu que la littérature enfantine par sa pluralité et son dynamisme était à l’affût de supports permettant une plus grande interactivité avec son lecteur. Cette tendance se vérifie au regard du marché du multimédia grand public, dominé pour plus de la moitié par des productions pour la jeunesse.
Le thème de mon mémoire se centrant sur le rôle des histoires interactives dans la lecture plaisir, je ne m’intéresserais pas aux cédéroms d’apprentissage de la lecture et de soutien scolaire (qui domine le marché du ludo-éducatif) mais aux productions qui s’apparentent à des histoires animées.

1 – L’édition veut croire au livre électronique pour les enfants
Livre animé, histoires animées ou interactives, contes vivants, contes interactifs…quelle que soit l’appellation, de nombreux éditeurs jeunesse se sont lancés, avec plus de convictions que les éditeurs classiques, dans la production de livres interactifs pour les plus jeunes.
Deux tendances se distinguent sur ce marché.
D’un côté, on trouve les éditeurs de l’édition traditionnelle qui ont senti l’opportunité que représentait le multimédia en littérature jeunesse. Ces éditeurs comme, Bayard, Gallimard, Hatier, Flammarion ou Le Seuil, ont déjà prouvé leurs compétences en terme d’édition enfantine et mise sur leur aura auprès des enfants (et surtout des parents) pour adapter sur support électronique ce qu’ils savent le mieux faire : des histoires pour enfants. Mais comme le grand public n’est pas encore habitué à les rencontrer sur ce marché, il ressente le besoin de justifier leur action sur un plan pédagogique. Ainsi dans les notices des cédéroms, on peut trouver ce type d’argumentaires : " L’enfant va se familiariser avec la lecture et la prononciation à travers des activités aussi ludiques qu’enrichissantes" (Les aventures de Pierre et Jeannot Lapin, Gallimard) ou encore "il suscite le plaisir de lire, il développe l’imaginaire, il rend actif votre enfant." (Abracadalire, Hatier)
De l’autre côté, on retrouve des éditeurs multimédias, comme Ubisoft, Emme, Génération 5, Infogrammes, spécialistes du jeu, du cédérom culturel ou du ludo-éducatif, qui ne connaissent rien en littérature enfantine mais qui ont prouvé leur compétence en terme d’exploitation du multimédia et de l’interactivité.
Cette dernière catégorie propose certes des créations plus originales en terme d’histoires interactives, mais comme ils sont parfois victimes de la mauvaise réputation du jeu vidéo, ils misent avant tout sur la carte de l’éducatif pour séduire les parents.

2 – Livre interactif : mode d’emploi
Après avoir consulté une dizaine de cédéroms portant le nom de livre animé ou conte interactif, j’ai remarqué que la plupart des productions fonctionnait sur le même canevas.
La plupart du temps on propose à l’enfant d’aborder le récit de deux ou trois manières différentes. Soit sous la forme d’une histoire à lire où l’enfant lit l’histoire a son rythme et clique sur une icône pour passer à l’écran suivant ; soit sous la forme d’une histoire racontée : un narrateur lit le texte en même temps que celui-ci se surligne à l’écran, facilitant ainsi le repérage de la graphie et des phonies pour les lecteurs débutants.
Certains produits proposent une troisième voie qui est celle de la consultation du cédérom de façon libre et personnelle. Cette initiative est intéressante mais pas toujours bien exploitée. Dans "Notre Dame de Paris " proposé par Ubisoft, l’enfant a la possibilité d’entrer dans l’histoire par différents chapitres. Mais pourquoi le ferait-il puisque l’histoire proposée est linéaire ?
Dans le conte interactif " Les trois petits cochons " des éditions Le seuil, on propose à l’enfant de faire une lecture personnalisée du conte en se promenant dans l’histoire. Mais…comment peut-on parler de lecture puisque dans cette version, le texte disparaît complètement ?
La période de lecture peut être précédée d’une animation où l’enfant est spectateur. Cette animation éveille, en général, la curiosité de l’enfant qui est invité à lire pour donner du sens à cette animation.
La période de lecture est systématiquement suivie d’une étape où l’enfant devient actif. Dans les Living Books d’Ubisoft, l’enfant peut, à la fin de la lecture, agir sur les dessins de l’écran pour les animer. Dans Notre Dame de Paris, l’enfant a accès à un jeu dès qu’il a fini sa page de lecture.
Ces cédéroms utilisent beaucoup l’humour de la surprise, on clique sur une image pour déclencher un son ou une action "effrayante ", amusante ; l’interactivité intervient pour illustrer le récit.
Bref, on retrouve tous les ressorts qui ont fait le succès du livre animé… sur papier.

3 – Histoires interactives ou livres sur écran ?
C’est la question qu’on peut se poser au regard de la production de livres électroniques pour enfants sur cédéroms.
La consultation des titres est déjà très révélatrice : Les trois petits cochons, Pinocchio, Notre Dame de Paris, Le Petit Prince, La Reine des Neiges…tous des titres de livres interactifs mais également d’histoires célèbres qui ont marqué l’inconscient collectif. On trouve aussi des adaptations de contes étrangers comme Kiyeko et les voleurs de nuit ou Payuta et le Dieu de la tempête, ou bien des transpositions d’histoires ayant déjà fait leurs preuves dans la presse enfantine. C’est ainsi que Bayard a adapté sur cédérom sont célèbres Petit Ours Brun et trois histoires de sa collection J’aime Lire.
Le lecteur effeuille des pages animées et sonores.
Le livre reste la référence, les éditeurs ont du mal à élaborer un récit qui se détacherait de son support originel : le livre et sa succession de pages.
Beaucoup de repères du livre classique sont repris : chapitres, numéro de pages…certains cédéroms de lecture interactive affiche même à l’écran la réplique virtuelle d’un livre ouvert. C’est le cas du Livre de Lulu de R.Victor Pujet chez Flammarion ou de Notre Dame de Paris chez Ubisoft.
Pourquoi adapter un livre sur support électronique si c’est pour en faire une réplique parfaite d’une version papier ?

B – Quelles histoires interactives pour les enfants sur Internet ?

Pouvoir associer du son, du texte, de l’image, les relier entre eux par des liens hypertexte, mettre en place un nouveau mode de navigation pour offrir ce qu’interdit la rigidité du texte traditionnel et surtout interagir avec le lecteur…quelle liberté pour l’auteur!
Tant d’invitations à la création à la portée de tous…on s’imagine que les romans interactifs, les expériences d’écritures collectives d'hypertextes devraient pulluler sur Internet…or rares sont les sites français qui explorent les possibilités du réseau en littérature.
Pourtant, on en trouve des auteurs sur le web, qui, loin de le mépriser comme les éditeurs, le voient, au contraire, comme un Eldorado de la création littéraire. Poètes incompris, auteurs oubliés…oui, mais peu de vraies expériences d’écriture interactive où l’interactivité est au service du récit.
Et dès qu’on se penche du côté des enfants, le résultat des recherches devient, à mon avis, désastreux…
Les propos suivants n’engagent que moi, ils sont le reflet d’une recherche personnelle de plusieurs mois sur le web français.

1 – Histoire interactive…où es-tu ?
Un après-midi je débute ma recherche. Je sélectionne quelques célèbres moteurs de recherches et annuaires français et je tape "histoires interactives pour enfants " dans la zone de saisie.
Yahoo a bien une sous rubrique Lecture Interactive dans sa catégorie Enfants mais elle ne comprend que trois sites, Nomade m’en livre huit parmi sa catégorie Fables et Contes…je reprends espoir avec le moteur Voilà ! qui avec la même requête me propose 587 réponses !
Rassurée, je me lance dans la consultation des soixante premiers sites proposés. Mais mon enthousiasme est de courte durée. Je constate rapidement qu’à part Le Prince et Moi (site pour les 5-11 ans qui vise à donner aux enfants le goût de lire et d’écrire), aucune des adresses ne me renvoie vers un site d’histoires interactives pour enfants !
Je recommence l’expérience en saisissant les mots clés : " Lecture interactive pour enfant ", "fiction interactive pour enfant ", "fiction hypertexte pour enfants " et "littérature jeunesse interactive " mais je retrouve sensiblement les mêmes résultats.

2 – Aux pays des sites où il faut cliquer pour lire.
Les sites francophones dédiés à la lecture interactive sont rares. Et les sites français sont quasiment inexistants car la plupart des initiatives sont québécoises. J’entends par sites de lecture interactive des sites qui propose des histoires où l’enfant utilise son imagination, sa logique, son sens de l’observation pour progresser dans le récit via des liens hypertextes.
On distingue d’un côté les sites réalisés avec des moyens financiers sur l’initiative de ministères de l’Education ou d’associations de soutien à l’enfance, qui se traduisent par une qualité graphique et souvent pédagogique. C’est le cas par exemple des magnifiques sites de L’Escale ou des Frimousses qui parmi d’autres activités proposent des aventures, des jeux qui s’apparentent à des fictions interactives mais qui ne figurent jamais dans les divisions ayant l’appellation "lecture " ou "histoires ".
Les fictions interactives de L’Escale se trouvent dans une partie du site intitulée l’Ile des Fêtes, consacrée aux différents évènements de l’année. Pour Halloween les enfants étaient invités à lire Le vaisseau fantôme et Une histoire de vacances à l’occasion des grandes vacances scolaires…
Quant aux Frimousses la seule Aventure interactive du site ne se trouve pas sous la rubrique intitulée "des histoires à lire " mais dans une autre section appelée "des activités interactives en html ".
Ces histoires, courtes, amusantes, invitent l’enfant à faire des choix hypertextes pour progresser dans le récit : "tout au long de l'histoire, tu devras aider le héros à prendre des décisions ".
D’un autre côté, on trouve quelques initiatives de particuliers qui ont choisi d’écrire des fictions hypertexte pour les enfants. Deux sites seulement peuvent, à mon avis, entrer dans le cadre de fiction interactive telle que je l’ai défini plus haut . Le premier, Claude et ses amis , site " pour les enfants qui aiment lire, pour les enfants qui aiment rire ", propose de courtes histoires interactives et humoristiques faisant tour à tour appelle à la logique, à l’imagination ou à la mémoire de l’enfant.
Le second, La citadelle du Ty Pouet , présente également de courtes fables où l’interactivité s’effectue tant sur l’image que le texte.
J’ai rencontré les deux auteurs de ses sites, leurs profils sont assez différentes mais leurs motivations se recoupent. Le premier, instituteur en primaire, est convaincu depuis longtemps des atouts de la lecture d'hypermédias dans le plaisir de lire. Quant au second, auteur indépendant, il voit en Internet un nouveau support de lecture et l’émergence d’un nouveau genre pour la littérature jeunesse !
Enfin, on trouve avant tout sur le web français, des fictions interactives écrites par des enfants pour des enfants, comme Toi le héros, direction avril , réalisé par des élèves de cours élémentaire et préparatoire de l’école publique de Brignac.
Leur qualité interactive est parfois contestable, mais ces publications sont issues d’une véritable collaboration, d’une réflexion collective menées au sein de l’école.
Mais, comme nous le verrons plus tard, c’est sûrement grâce à l’investissement de l’école dans des projets utilisant les nouvelles technologies de l’information et de la communication que des projets de lecture interactive et d’écriture interactive naissent et se développent sur le web.

3 – Quelles lectures pour les enfants sur le web ?
Pourtant, des sites consacrés à la littérature jeunesse, à la lecture, aux histoires pour enfants, on en trouve par centaines sur le web francophone.
Tous les moteurs de recherche et la plupart des grands sites généralistes comme Premiers pas sur Internet ou Le Coin des Petits considérés comme des références pour les enfants sur le réseau, proposent des rubriques lecture, histoires ou contes.
Et ces sites proposent des centaines d’histoires originales pour les enfants.
Mais que se cache-t-il derrière ces appellations ?
" Ce qui a un début et une fin ". C’est ainsi qu’Aristote décrivait l’intrigue dans Poétique. Avant d’ajouter : " les histoires bien agencées ne doivent ni commencer au hasard ni finir au hasard ". Le disciple de Platon n’est pas prêt de se retourner dans sa tombe. Toutes ces histoires proposées aux enfants sont désespéramment…linéaires.
Quand elles ne sont pas publiées sur une seule page, la seule interactivité consiste, la plupart du temps, à cliquer sur une flèche pour accéder à l’écran suivant.
Pour trouver quelques rares expériences de lecture interactive dans ces sites multicritères il faut se pencher sur la rubrique…jeux !
La fiction interactive est-elle encore associée dans les esprits aux ancêtres des jeux vidéo d’aventure ?

C – Histoires interactives : s’avoir s’adapter à un nouveau support

L’ordinateur a beau avoir un écran, ce n’est ni le cinéma, ni la télévision, et ce n’est pas parce qu’il peut être un support de lecture que c’est un livre non plus.
Chaque média a ses particularités et doit savoir les exploiter.
Internet et les cédéroms ne sont pas destinés à supplanter le livre, ils doivent trouver, en terme de lecture, les thèmes et les créneaux de création qui répondent à leurs caractéristiques propres.
Dans le domaine de la fiction interactive, les produits que l’on trouve sont relativement récents et leur conception utilise bien toutes les ficelles de l’interactivité au service d’un imaginaire qui lui, reste à inventer.
On a l’interactivité mais on ne sait pas l’utiliser.
Pour l ‘enfant qui se retrouve devant un écran, il ne s’agit pas seulement de lire car le défilement des lignes sur écran est rapidement fatigant.
Pour lire un long récit, rien ne vaut un bon livre sur les genoux.
Les textes à lire, même s’ils sont dits en même temps par des voix douce et chaleureuse, lassent vite.
De plus l’enfant comprend très vite que l’animation-récompense intervient une fois le texte lu. Ce schéma répétitif ne fait pas honneur à l’intelligence de l’enfant et la lassitude se fait rapidement sentir.
La seule chose qui peut, à mon avis, justifier l’adaptation (ou la création d’ailleurs) d’un livre sur un écran, c’est l’interactivité.
Mais une interactivité qui sert le récit et non pas qui se sert du récit.
Faire lire un texte à un enfant et le féliciter par un jeu ou la mise en route d’une animation, ce n’est pas se servir de l’interactivité pour le récit. Au contraire, cette mauvaise utilisation de l’interactivité peut détourner l’attention du texte et contribuer à faire perdre le fil de l’histoire.
L’interactivité ne doit pas être un prétexte à la lecture ou pire une récompense à la lecture mais elle doit permettre une relation directe avec le texte.


III – Lire sur un support informatique

A – La lecture et l’enfant : une rencontre décisive

Ce thème pourrait à lui seul être l’objet d’un mémoire entier. Ici, je ne m’intéresserais ni à l’historique des techniques d’apprentissages de la lecture ni à la façon dont les enfants apprennent à lire. M’intéressant à la lecture plaisir et à l’ordinateur comme support de cette lecture, je voudrais me pencher sur les facteurs qui donnent à l’enfant le goût de lire et montrer que lire prend peut être un tout nouveau sens à la fin du XXe siècle…

1 – Quand le goût de lire vient aux enfants…
" Parce que quand on est grand on n’a plus personne qui peut nous lire des histoires ", " Parce qu’au CP si on ne sait pas lire on se fait gronder " ou encore " Parce que c’est normal "…voilà ce que m’ont répondu des enfants de 5 ans à la question " A ton avis, pourquoi est-ce important de savoir lire dans la vie ? ".
Pour les enfants en Grande section de maternelle, l’apprentissage de la langue écrite est une sorte d’épée de Damoclès au-dessus de leur tête qui déterminera leur réussite au CP.
En interrogeant des enfants en fin de Cours préparatoire, c’est à dire des enfants qui commence à maîtriser la langue écrite on obtient des réponses différentes qui varient de façon évidente en fonction du degré de maîtrise de l’écrit.
" Comme ça tu vas savoir plein de choses et tu peux apprendre à lire aux autres ", "parce que c’est intéressant " et "parce que c’est rigolo " me répondent respectivement Capucine, Rayane et Charles à la question "Pourquoi lis-tu ? ".
Ces trois enfants, qui m’avaient avoué "aimer lire " étaient capables de me parler avec engouement et détails de leurs lectures préférées.
Par contre, j’ai obtenu des réponses très différentes avec des enfants qui ne prenaient aucun plaisir à lire. " Je lis parce qu’il le faut " me confie Alexandra qui était incapable de me citer un livre qu’elle aimait lire ou entendre lire.
Cette courte enquête révèle que l’enfant, tant qu’il n’a pas fait une rencontre personnelle avec la lecture ou trouver une motivation affective à l’acte de lire, considère la lecture comme un acte pratique et malheureusement très scolaire.
Sur ce point, tous les manuels d’apprentissages et de réflexion sur la lecture sont unanimes : pour qu’un enfant acquière le goût de lire, il faut qu’il se produise un déclic, une rencontre décisive qui bouleversera son regard sur la lecture.
" Pour donner à un enfant le goût de lire, il faut faire en sorte qu’ils découvrent leurs propres motivations à lire " rappelle Christian Poslaniec dans son ouvrage "Donner le goût de lire" (Paris, Editions du Sorbier, 1990.)
Ce déclic peut de se faire soit avec un ouvrage en particulier soit en écoutant l’autre parler de l’émotion devant un livre, sa joie, son intérêt, ses rires.
" J’ai appris à lire toute seule parce que quand j’ai vu des copines lire, ça m’a donné envie ", Inès, 5 ans.
On a tendance à penser qu’il est de plus en plus difficile de donner à un enfant le goût de lire dans une société dominée par l’image où l’enfant est plus tenté de s’installer devant la télévision ou sa console de jeux que devant un livre.
Dans ces conditions, comment proposer des activités motivantes pour donner envie aux enfants d’accéder au monde de l’écrit ?
Ne faut-il pas justement profiter de l’émergence de ces nouvelles technologies pour créer des besoins, déclencher des intérêts nouveaux ?
Peut-on imaginer que ceux qui n’ont pas découvert le plaisir de lire via un support traditionnel puissent le trouver sur un support informatique ?

2 – Agir et interagir sur sa lecture, une nécessité pour l’enfant ?
Nous avons vu plus haut que les livres animés sur support papier étaient préconisés pour réconcilier certains enfants avec la lecture.
Avec la lecture interactive sur support informatique, l’enfant a réellement la possibilité d’agir sur les images mais aussi sur le texte.
Et si réaliser un véritable cheminement personnel dans sa lecture, la manipuler, décider de son parcours correspondaient à un besoin naturel de l’enfant vis à vis du monde qui l’entoure ?
" L’enfant qui modifie le texte qu’il est en train de lire se comporte en harmonie avec la tendance de son âge qui est de manipuler les choses ; il maîtrise activement, et d’une façon toute personnelle, ce qu’il se contenterait autrement d’absorber passivement. Cette manipulation active donne à la lecture une saveur, une empreinte personnelle et la rend plus importante". (La lecture et l’enfant, Bruno Bettelheim, p.44.)
Motivation, implication…sont des facteurs décisifs dans la plupart de nos actions et nos apprentissages.
Dire qu’on apprend mieux, qu’on comprend mieux quelque chose et qu’on prend d’avantages de plaisir à le faire lorsqu’on se sent impliqué, semble relever de la logique.
Ne semble-t-il pas aussi logique de penser que l’enfant prendra d’avantages de plaisir à lire s’il cesse d’être passif et se sent activement impliqué dans sa lecture ?
" Faute d’être personnellement motivé, l’enfant est incapable de s’impliquer totalement dans l’acte de lire. C’est pendant l’enfance et la jeunesse que les tendances actives-manipulatrices de l’homme sont à leur maximum, et le plus grand désir de l’enfant est de s’approprier les choses en leur donnant une empreinte personnelle. Nous nous sentons tous beaucoup plus profondément concernés par ce que nous pouvons manipuler à notre guise que par ce qui nous est imposé tel quel de l’extérieur ; et cela est encore plus vrai pour le jeune enfant que pour l’adulte. L’enfant prendra goût à la lecture si, dès le début, il sent qu’il s’agit d’une création à laquelle il peut participer. Il est étrange que l’enseignement de la lecture ne tienne pas compte de cette participation active par laquelle le débutant fait de la lecture une expérience personnelle enrichissante." (La lecture et l’enfant, Bruno Bettelheim, p.44.)

3 – Lire à l’aube du XXIe siècle.
Les enfants lisent de moins en moins et de moins en moins bien nous dit-on. C’est la crise de la lecture, entend-on encore. Les préjugés vont bon train dès qu’il est question de lecture par les enfants.
Qu’en est-il exactement ?
Tout d’abord ce discours sur la crise de la lecture est loin d’être nouveau.
Le constat de la baisse du niveau scolaire est récurrent depuis au moins deux siècles !
Ensuite, la lecture n’arrive peut-être qu’au septième rang des loisirs des français, mais elle s’est généralisée et démocratisée : 40% déclaraient ne jamais lire un livre à la fin des années 60 ; ils ne sont plus qu’un petit tiers aujourd’hui.(Source : Et pourtant ils lisent, Christian Baudelot.)
La lecture de livres et de revues est devenue une activité régulière chez les jeunes. Une étude menée en 1993 par l’Education Nationale a révélé que les capacités de lecture ont augmenté de 11,4% entre 1989 et 1993. Et ce, malgré la télévision et l’émergence des consoles de jeux vidéo.
Je pourrais citer d’autres chiffres qui montreraient que les enfants ne lisent ni moins ni moins bien qu’avant, mais, d’une part cela serait fastidieux, et d’autre part cela n’enlèverait en rien cette idée de crise de la lecture qui règne sur notre société depuis quelques années.
Peut-être ne se pose-t-on pas, tout simplement, les bonnes questions.
Plutôt que de se demander si les enfants lisent plus ou moins, la question à se poser n’est-elle pas plutôt : les enfants lisent-ils différemment ?
Et si cette crise de la lecture qui fait frémir parents et instituteurs était dû à un changement dans les modes de lecture.
Dans un article intitulé " Les enfants qui n’aiment pas lire " , publié dans le Citrouille de mars 1993, Jacques Pasquet, écrivain, conteur et professeur de littérature jeunesse à l’Université du Québec recueille les propos d’un enfant de 12 ans :
" Ça désespère mes parents de voir que je ne veux plus lire, enfin, que je ne veux plus lire ce qu’ils veulent que je lise. J’ai beau leur dire que je lis, rien n’y fait. Ce qui les dérange, c’est ma façon de lire. La télévision, les bandes dessinées, les jeux vidéo sont mes nouveaux livres. Moi je suis privé de Nintendo si je n’ai pas fini mon livre.
C’est quoi le plus important, que je lise ou ce que je lis ? "
La question mérite d’être posée. Pour les enfants d’aujourd’hui, l’acte de lecture n’est plus uniquement lié au livre, ils lisent des magazines, des sous-titres à la télévision, les consignes du jeu d’aventure sur leur console…face à la multitude des supports, la lecture s’est désacralisée.
Cette désacralisation de la lecture et les nouveaux modes de lectures qu’induisent les nouveaux médias sont également mis en avant par Christian Baudelot dans son livre enquête Et pourtant ils lisent.
" Aujourd’hui on zappe autant qu’on lit : l’informatique, Internet obligent beaucoup à lire […] Il est probable qu’on assiste à la mutation d’un modèle de lecture plutôt qu’à une crise de la lecture. "
Lors d’un entretien avec un journaliste du Nouvel Observateur ( semaine du 04 au 10 mars 1999) le même Christian Baudelot précisait sa vision de la lecture par les jeunes :
" Ils lisent mais sur un mode différent de celui qui fait de la lecture l’alpha et l’oméga de la formation intellectuelle : il faudrait lire pour vivre et on ne pourrait pas vivre sans lire. Ce modèle là ne fonctionne pas beaucoup chez les jeunes. […] ils l’ont relativisé, laïcisé, désacralisé ! La lecture est devenue pour eux un acte ordinaire, qui fait partie d’un univers ou coexistent l’image, le son, l’écrit. Elle n’est pas pour eux une pratique morte. "
On a encore trop tendance à penser que lire=livre. Or lire est devenu un acte quotidien qui utilise d’autres supports, de nouveaux supports. La lecture est devenue plurielle. Comme nous l’avons vu en étudiant la littérature jeunesse, les lectures proposées aux enfants se sont diversifiés dans leur contenu. Elles se diversifient aussi dans leurs formes : nous avions déjà vu que la littérature enfantine savait exploiter de nouveaux supports (livres animés, cédéroms…), nous voyons aussi que les lectures des enfants ne se limitent pas à la littérature.
Il n’y a plus une lecture mais des lectures. La lecture interactive sur support informatique n’en serait qu’une facette.


B – L’ordinateur, le meilleur ami de l’enfant ?

L’ordinateur est de plus en plus utilisé dans l’apprentissage de la langue écrite en milieu scolaire. D’ailleurs, depuis 1995, son utilisation ainsi que celle du traitement de texte est vivement recommandée dans les programmes de l’école primaire où il apparaît explicitement qu’ils contribuent aux apprentissages fondamentaux.
On voit à présent clairement ce que l’utilisation de l’ordinateur peut apporter à la création de productions écrites nombreuses, à l’élaboration d’un journal de classe, à l’entretien d’une correspondance parfaite…
Les qualités de cet outil sont désormais reconnu mais leur intégration est lente, car on n’aime guère le changement et les innovations surtout lorsqu’elles touchent à ces piliers de l’éducation que sont la lecture et l’écriture.
Les enfants sont loin d’être les plus difficiles à convaincre…

1 – Ordinateur mon ami
Animatrice sur le stand multimédia du Salon du Livre de Jeunesse en Seine Saint-Denis qui s’est déroulé en novembre dernier, j’ai rencontré en une semaine des milliers d’enfants âgés de 2 à 16 ans dont certains n’avaient jamais touché à un ordinateur.
Dans cet atelier, chaque enfant avait moins d’un quart d’heure pour concevoir et réaliser sa page web en insérant textes, images et sons à l’aide d’un logiciel d’édition simplifié.
Pour les novices, le maintien de la souris, le rapport entre son déplacement et celui du curseur étaient assimilés en une minute.
En cinq minutes environ, un enfant qui n’avait jamais pratiqué l’ordinateur avait expérimenté la notion d’hypertexte, de sélection et déplacement d’un objet à l’écran ainsi que la création d’un lien hypertexte et ce, sans UNE seule exception en une semaine.
Aucun enfant n’a montré un signe d’incompréhension ou de rejet vis à vis de l’ordinateur ou du fonctionnement du logiciel.
Cet atelier ainsi que les ateliers informatiques (ateliers d’enfants de 5 à 7 ans de l’école primaire Daumesnil) que j’ai suivi bénéficiaient toujours d’une atmosphère d’émulation joyeuse et d’intense participation.
Comme l’écrit Rachel Cohen (Docteur en Science de l’Education, auteur de plusieurs ouvrages sur le potentiel des jeunes enfants, particulièrement en lecture.) : " l’ordinateur ne tue pas la créativité, il devient objet et médiatise l’activité ".
Cette expérience, constatée également par d’autres animateurs et confirmée par de nombreuses recherches en dit long sur l’a priori positif que l’enfant réserve à l’ordinateur et sur ces capacités d’apprentissages.(Les jeunes enfants, la découverte de l’écrit et l’ordinateur, Rachel Cohen, PUF, Paris, 1987.)
Mais pourquoi l’ordinateur a-t-il un pouvoir si attractif sur l’enfant ?
La première explication de cet attrait semble culturelle.
De nombreuses recherches montrent que les nouvelles générations nées avec la télévision ont intégré les modes de lecture liées à l’audiovisuel.
L’enfant d’aujourd’hui serait, d’une certaine manière, prédisposé à l’écran.
L’écran est pour lui un outil familier qui ne génère aucun préjugé. Les enfants manient avec facilité les outils technologiques car ils n’ont aucune inhibition vis à vis de la technique, contrairement à certains adultes qui se cachent derrière cet argument "ce n’est pas de notre génération ".
La seconde est clairement d’ordre affectif.
L’ordinateur est associé pour l ‘enfant à un sentiment de plaisir : le plaisir de jouer. Aucun souvenir d’échecs scolaires ne vient en ternir l’image.
L’ordinateur confère aussi à l’enfant une puissance très valorisante. En cliquant sur des liens, l’enfant a la possibilité de faire apparaître ou disparaître des mots, déclencher un son, une animation. Cet aspect "magique " plaît énormément aux enfants. A tout instant l’enfant est actif, chaque geste lui permet d’observer les effets de son action à l’écran et le feed-back positif que constitue l’apparition sur l’écran de tel ou tel objet encourage l’enfant à poursuivre son acte.
Dans la pratique de l’écriture, l’ordinateur rend possible une production de lettres à la calligraphie impeccable.
Dès la maternelle, l’imagination de l’enfant est sollicitée à travers la production d’histoires ou de poésies et son esprit de synthèse par la création de résumé. Or, le jeune enfant, qui commence à connaître les lettres, quelques syllabes, quelques mots, est souvent limité par la qualité de son écriture manuscrite. Avec l’ordinateur, l’écrit produit par l’enfant est parfait et son texte est immédiatement communicable à autrui.
Cette puissance valorisante de l’ordinateur est confirmée dans le rapport de l’ONL (Lecture, informatique et nouveaux médias, rapport de L’observatoire National de la Lecture, sous la direction de Jean Mesnager, Paris, 1997.)
: " On a pu observer que les élèves à qui on propose de saisir au clavier un texte préalablement écrit à la main éprouvent très souvent une sorte de révélation de ce qu’ils ont produit. Leur texte apparaissant à l’écran est alors en face d’eux dans la position d’un texte à lire ".
L’enfant ainsi libéré des craintes liées à la qualité de son écriture peut se concentrer sur d’autres phases de la production (syntaxe, grammaire, imagination…)
D’après ce rapport, l’enfant a même tendance à personnaliser l’objet inanimé qu’est l’ordinateur qui devient " un complice exigeant, mais amical et patient, qui lui parle en privé. "
L’ordinateur déscolarise la lecture et l’écriture et permet ainsi aux enfants de découvrir ou redécouvrir la langue écrite naturellement, par l’utilisation et non par l’enseignement. Ainsi certains enfants peuvent dépasser leurs blocages solaires et affectifs.
C’est un outil qui favorise une pédagogie de la réussite.
L’ordinateur est un outil qui ne se lasse jamais, l’enfant peut aller à son rythme, il découvre et apprend par tâtonnement et surtout il a le droit à l’erreur, erreur qui n’est jamais pénalisante.
" Dans ce processus dynamique interactif, l’enfant a le droit à l’erreur qui devient un facteur de construction active et créatrice et non de frustration. […] Le tâtonnement est ici une voie privilégiée de cheminement." (Les jeunes enfants, la découverte de l’écrit et l’ordinateur, Rachel Cohen, PUF, Paris, 1987.)
L’enfant apprend, pratique la lecture et l’écriture, construit un cheminement logique sans en voir pour autant conscience car cela s’intègre à une activité ludique, interactive par laquelle l’enfant se sent imprégnée.
Cet a priori positif de l’enfant vis à vis de l’ordinateur le place dans une situation d’apprentissage très favorable, cette tranquillité d’esprit et ce sentiment d’être personnellement considéré l’encouragent à entrer dans des actes de lecture, mêmes arides, où il s’investit d’avantages que dans une situation publique en classe.
D’ailleurs de nombreux chercheurs (notamment l’équipe de l’université de Stanford en Californie en 1986) ont constaté que les enfants faisaient significativement plus de progrès en lecture, lorsqu’ils utilisaient des ordinateurs dans leur apprentissage.
De même, les instituteurs que j’ai rencontrés m’ont souvent confirmé que "plus l’enfant travaille avec un ordinateur, plus ses capacités d’analyse, de logique et de mémoire sont développées." (Propos de Bruno Garnier, instituteur en Grande Section de Maternelle et animateur d’ateliers informatique à l’école Daumesnil, Paris 12e.)

2 – Pourquoi utiliser l’ordinateur dans l’apprentissage du langage écrit ?
Comme nous l’avons vu plus haut, l’interactivité, l’activité intense de l’enfant qui peut observer et maîtriser les effets de son action, l’autonomie, le feed-back positif, le tâtonnement exploratoire, l’autocorrection, la multiplicité des expériences, la possibilité d’un cheminement individuel ou en groupe… l’ordinateur offre des conditions particulièrement favorables à l’apprentissage.
Dans l’apprentissage de la langue écrite, l’ordinateur semble possédé des qualités bien particulières.
Selon Rachel Cohen, l’ordinateur favoriserait la prise de conscience de certaines caractéristiques propres à l’écriture comme la structuration de l’espace (à l’écran les lettres s’affichent de gauche à droite) et l’identité de la lettre et du mot.
D’ailleurs Carole Tisset, dans son ouvrage, "Apprendre à lire au cycle 2 " (Hachette Education, Paris, 1994.) nous apprend qu’une des premières étapes nécessaires pour l’enfant dans son approche de l’écrit est de comprendre le caractère discontinu de l’écriture. Elle conseille l’utilisation du clavier pour se représenter la séparation des mots grâce à la barre d’espace.
L’ordinateur facilite l’intervention sur le texte en cours de production (remplacer, supprimer, déplacer…) et permet à l’enfant de prendre conscience du caractère modifiable du texte et donc de la réécriture.
Mais l’avantage majeur de l’ordinateur dans l’approche de la langue écrite est que, quel que soit le programme, face aux messages envoyés par la machine, l’enfant se trouve en situation fonctionnelle de lecture où lecture et écriture sont intimement liés.
" Cette nouvelle technologie permet une assimilation des connaissances plus naturelle […] d’associer lecture et écriture dès le départ (et de s’en servir à ses propres fins). […] l’apprentissage de la langue écrite ressemble plus à l’expérience universelle de l’apprentissage du langage parlé " (Computer expérience and cognitive development : a child’s learning in a computer culture, R.W Lawler, Chichester, Ellis Horwood, Ltd. , 1985.)
Le signifiant et le signifié sont souvent perçus simultanément, ce qui confère au mot toute sa valeur symbolique et aide l’enfant à accéder à la pensée conceptuelle. Ce double accès, cette approche simultanée de la lecture et de l’écriture favorise chez l’enfant la prise de conscience de l’écrit.
Dans le rapport de l’ONL il est d’ailleurs confirmé : " c’est autant en écrivant qu’en lisant qu’on apprend à lire, et les pratiques pédagogiques recommandées dans les instructions mettent en avant le bénéfice d’un aller et retour constant entre ces deux composantes de l’expertise de l’écrit…l’informatique a permis de mettre en place de véritables ateliers où l’on varie les entrées dans la lecture, où l’on passe plus naturellement de l’écrire au lire et inversement "
L’ordinateur, par son caractère multimédia, permet aussi de s’adresser aux différents modes de fonctionnement des enfants.
L’enfant acquiert souvent une image visuelle du mot, sa représentation iconographique et son image auditive prononcées soit par un narrateur inhérent au programme soit par l’adulte qui accompagne l’enfant dans sa consultation.
Ainsi, selon les principes de la gestion mentale, un même logiciel peut convenir à un enfant fonctionnant sur un mode de compréhension visuel ou verbal.
D’ailleurs, plusieurs recherches (Notamment celles de Mayer et Anderson publiée dans " The instructive animation : helping students built connections between words and pictures in multimedia learning " Journal of Educational Psychology) ont montré l’effet de la présentation simultanée des mots et de leur représentation iconographique sur la construction des connaissances.
De plus l’ordinateur permet à la fois une approche globale de l’écrit (Mialaret, 1966) car quand il pointe un mot l’enfant le voit dans sa globalité et une approche synthétique quand il utilise les touches du clavier pour écrire.
Le point de départ n’est plus la lettre, le mot ou la phrase, c’est l’un ou l’autre tour à tour. Cette nouvelle approche de l’écrit que permet l’ordinateur semble remettre en cause les possibilités d’accès à l’écriture de très jeunes enfants.
"Très jeune, l’enfant est attentif aux messages inscrits sur l’écran, il cherche très rapidement à comprendre ce qui y est écrit. […] il est apparu que certains enfants qui n’avaient pas encore compris que les signes écrits étaient porteurs de sens l’ont compris grâce à l’ordinateur ".(L’ordinateur, un nouveau support pour les premiers apprentissages, J.Pillot, Bulletin I.P.E.M, n°9, janvier 1986, p.13)
L’ordinateur n’est pas un support idéal de lecture mais il possède des qualités certaines quant à l’approche du monde écrit par les enfants.
Je comprends que son utilisation puisse être jugée plus ou moins pertinente mais un fait semble pourtant incontestable : dans toutes les enquêtes que j’ai eu l’occasion d’étudier, jamais il n’a été observé de conséquences négatives de l’ordinateur dans l’apprentissage de la langue écrite.

A SUIVRE

http://www.clicksouris.com/memoire.htm

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