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Le blog d'education et de formation

«Face à la pauvreté, aucune solution miracle»

27 Décembre 2010 , Rédigé par mohamedمحمد Publié dans #مقالات واخبار

 

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«Face à la pauvreté, aucune solution miracle»

Entretien avec Sther Duflo, professeur au MIT
 
· L’éducation, la santé, l’accès au crédit, l’épargne… des solutions

· Le programme Tayssir a fait baisser le taux d’abandon scolaire


· Arriver à établir un lien entre recherche scientifique et lutte contre la pauvreté


Pour faire simple, Esther Duflot s’intéressant à l’aide aux pays développés, dit qu’il y a des théories économiques contradictoires sur le sujet. Elle propose d’utiliser les outils de la science pour départager les théories et mesurer les effets. Comme en médecine où les expériences sont faites avec un groupe témoin et un groupe auquel est prescrit le traitement, elle applique une solution à un groupe et mesure les résultats en comparant à un groupe témoin qui ne bénéficie pas de la même solution. Elle dit qu’il est plus facile de partir du microéconomique et qu’à partir de la mise en place de ces briques, comme au lego, on pourra construire en allant vers le macroéconomique. De passage la semaine dernière à Rabat où elle a été reçue par le ministre des Affaires économiques et générales, Nizar Baraka, et le bureau de la Banque mondiale, Esther Duflo nous a accordé cette interview.

- L’Economiste: Contre la pauvreté a-t-on vraiment tout essayé? Que reste-t-il aux Etats face à ce phénomène?

- Esther Duflo: Ce qui est important, c’est de considérer qu’il n’y a pas un mécanisme ou une solution miracle pour réduire la pauvreté. La pauvreté est un ensemble de phénomènes et de causes. Ce que peut faire alors un Etat, c’est d’essayer d’agir conjointement sur toutes les causes. Cela va de l’éducation à la santé, l’accès au crédit ou l’épargne. Par conséquent, il n’y pas une solution miracle, mais un ensemble de mécanismes que l’on peut déployer simultanément.

- L’école joue-t-elle toujours son rôle d’ascenseur social?

- L’école c’est la fondation, non seulement pour réduire la pauvreté, mais la fondation d’une vie complète. Une personne ne peut complètement se réaliser, en tant qu’être humain dans notre société aujourd’hui, si elle n’est pas capable de lire, de comprendre ce qui se passe autour d’elle, de déchiffrer les instructions… L’école est en ce sens la fondation d’un meilleur pouvoir d’achat, car c’est grâce à une bonne éducation que les agriculteurs par exemple peuvent être plus efficaces ou que les petits entrepreneurs ont de meilleurs comptes. Elle donne accès à de nouvelles professions, entre autres.

- Le programme Tayssir procède-t-il de cette volonté?

-Avec le programme Tayssir, l’Etat marocain essaye d’encourager les parents à laisser leurs enfants à l’école. Le Maroc souffre, en comparaison avec d’autres pays de niveau de développement similaire, d’un fort taux d’abandon scolaire. Beaucoup d’enfants, même au niveau primaire, ne terminent pas leur cursus. L’Etat a voulu faire quelque chose à ce sujet en mettant en place ce programme où les parents reçoivent une aide financière en inscrivant leurs enfants à l’école.

- Quel bilan faites-vous de ce programme?

- Les résultats sont très positifs. Ce programme a permis de faire reculer le taux d’abandon scolaire et favoriser celui des inscriptions. Nous en déduisons que ces transferts d’argent permettent aux parents de laisser leurs enfants à l’école. C’est un succès.

- Comment avez-vous évalué ce programme, jugé original?

- Nous avons choisi un certain nombre de secteurs scolaires-pilotes pour en évaluer l’impact avant la généralisation du programme l’année dernière. Nous avons pris 160 secteurs scolaires au hasard, où le programme a été introduit, que nous avons comparés avec d’autres secteurs tout à fait similaires, où le programme n’était pas introduit. Nous avons constaté que les abandons scolaires ont été réduits de moitié dans les écoles cibles et les inscriptions ont été multipliées par deux.

- En quoi la chaire «Savoir contre pauvreté» du Collège de France contribue-t-elle à combattre la pauvreté?

- L’objectif, c’est justement d’essayer de faire un lien entre ce que peut apporter la recherche scientifique et la lutte contre la pauvreté sur le terrain. L’intérêt pour moi, économiste travaillant sur l’évaluation des programmes, est de dire qu’est-ce qui marche effectivement, qu’est-ce qui est efficace et qu’est-ce qui ne l’est pas. Pour Tayssir par exemple, c’était de dire, si jamais la méthode n’a pas été efficace, qu’on aurait plutôt pu faire autre chose. D’ailleurs, en l’implémentant, nous avons essayé plusieurs déclinaisons, de manière à pouvoir choisir la forme la plus efficace. Tayssir est un exemple particulièrement réussi.

- En quoi sa déclinaison répond-elle à la méthode dite d’économie expérimentale?

- Sa déclinaison est une expérience tout à fait similaire à un essai clinique en médecine. Par exemple, quand on essaie un nouveau médicament, on choisit une population dont une moitié au hasard à qui on donne ce médicament et l’autre moitié reçoit un ancien médicament ou un placébo. En comparant ces deux groupes, on peut vraiment voir si le médicament a des effets.

- Quel est l’impact du microcrédit sur les populations cibles?

- Le microcrédit s’est énormément développé, avec 200 millions de bénéficiaires dans le monde. Jusqu’à récemment, curieusement, on avait assez peu d’idées pour savoir si le microcrédit aidait les bénéficiaires ou pas.
Certains disaient que c’était une idée extrême, que c’était la solution miracle pour sortir de la pauvreté. Pour d’autres, au contraire, le microcrédit plongeait les clients dans des cycles de dettes dont ils n’arrivaient pas à sortir et que les micro-créditeurs étaient comme des usuriers. Entre ces deux positions, on n’avait pas vraiment de réponse. Il y a 4 ans, on s’est embarqué dans un programme avec Al Amana pour essayer d’évaluer avec la même approche expérimentale l’impact de ce programme. Le résultat est édifiant.


Bio express


Esther Duflo, née le 25 octobre 1972, est un des plus brillants économistes français. Elle est professeur au Massachusetts Institute Technology (MIT) de Boston où elle détient la chaire Abdul Latif Jameel sur la réduction de la pauvreté et l’économie du développement. Esther Duflo a reçu la médaille John Bates Clark en avril 2010, décernée par l’American Economic Association à un économiste américain de moins de 40 ans, ayant contribué significativement à la pensée et à la connaissance économique. Elle a soutenu sa thèse en 1999, intitulée Three Essays in Empirical Development Economics (Trois essais sur l’économie empirique du développement), sous la direction de l’économiste indien Abhijit Banerjee, destinée à l’évaluation économique des projets de développement.

Propos recueillis
par Bachir THIAM

 
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