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Le blog d'education et de formation

Violence scolaire : état des lieux العنف بالوسط المدرسي الفرنسي

13 Mars 2014 , Rédigé par mohamedمحمد

Violence scolaire : état des lieux

Plus que de faits spectaculaires, la violence scolaire est faite de micro­événements qui se cumulent et détériorent le climat des classes. Sans surprise, 
ce sont les établissements des quartiers sensibles qui paient le plus lourd tribut.

Un adolescent qui poignarde son professeur de mathématiques, un parent qui gifle un professeur, un principal agressé physiquement par un élève, des adolescents harcelés par leurs pairs au point de se suicider dans quelques cas… C’est à travers le prisme de tels événements paroxystiques que l’opinion publique perçoit la violence scolaire.


Pourtant, au-delà de faits dramatiques largement médiatisés, ce qu’il est convenu d’appeler (depuis les années 1990) « la violence scolaire » se constitue en réalité de faits souvent mineurs, de « microviolences » qui posent problèmes en raison de leur nombre, de leur caractère répétitif et, à terme, de leurs conséquences sur les individus et sur le climat des établissements.


Cette violence scolaire « ordinaire » englobe en outre des phénomènes hétérogènes : agressions « anti­scolaires », dirigées contre l’institution ou le personnel, affrontements entre enseignants et élèves, harcèlement ou autres conduites crapuleuses entre les élèves eux-mêmes…


Coups, insultes, harcèlements


Pendant longtemps, la violence en milieu scolaire a été considérée par l’opinion publique comme par les décideurs comme une violence d’intrusion, venue des « quartiers » et ayant pour cause la délinquance de certains mineurs. Or l’ensemble des recherches montre que ces intrusions représentent moins de 10 % des faits de violence considérés comme graves, et moins de 2 % des violences entre jeunes. En fait, la violence en milieu scolaire est un phénomène endogène. C’est le résultat d’un processus de dégradation du climat scolaire et en particulier de la qualité des relations entre les jeunes ou entre les jeunes et les adultes. Ces relations dépendent largement du sentiment de justice, de la cohérence de l’application des règles qui définissent la vie de l’établissement scolaire. La relation entre le climat scolaire, la qualité des apprentissages et la violence à l’école a été largement établie par l’ensemble des recherches internationales.


Les incidents perturbateurs, souvent de faible intensité mais de forte fréquence lorsqu’ils se multiplient, participent à la détérioration du climat scolaire dans son ensemble (1).


• Les agressions envers les personnels (enseignants et surveillants) sont majoritairement des violences verbales (en collèges et lycées, 44 % d’entre eux ont été insultés durant l’année scolaire et 8 % l’ont été plusieurs fois). Plus rarement, les insultes s’expriment par des gestes obscènes (5 % des enseignants). Sur un semestre (2012), un enseignant du primaire sur cinq a été insulté par des parents, mais ils ne sont que 3 % dans le second degré. La violence physique contre les personnels de l’éducation est très rare, ainsi moins de 1 % des personnels du second degré déclarent avoir été frappés.


• Insultes et agressions verbales ou symboliques constituent les trois quarts des violences entre élèves. Dans les enquêtes de victimation menées à l’OIVE, plus de la moitié (52 %) des jeunes de collège déclarent avoir été insultés au cours de l’année. Les violences symboliques consistent pour l’essentiel en surnoms méchants (39 %), mises à l’écart (32 %) ou humiliations (16,1 %).


• Les coups, les bagarres, les vols (essentiellement de matériel scolaire) et le racisme font partie du quotidien d’un certain nombre d’établissements (moins de 10 % de l’ensemble). Les bagarres sont d’ailleurs souvent requalifiées comme des jeux par les élèves. Nombre d’enseignants ou de surveillants rapportent que lorsqu’ils essaient d’intervenir, la victime elle-même cherche à désamorcer la situation : « On s’amuse Madame. » Ainsi s’installe une loi du silence qui s’explique par la peur de passer pour un faible, de la crainte des représailles, de la peur d’être exclu du groupe…


• Le harcèlement entre élèves peut prendre des formes diverses, physiques ou psychologiques (encadré p. 40). Les conséquences peuvent être lourdes s’il n’est pas pris en charge immédiatement par l’équipe éducative, d’autant que le harcèlement peut avoir un effet direct sur la vie de l’établissement : il contribue à augmenter le sentiment d’insécurité parmi les élèves qui en sont témoins, à développer un sentiment d’impunité chez les agresseurs et donc à durcir le climat scolaire. 


Une violence 
en augmentation ?


Entre la description et la condamnation par les adultes de microviolences au quotidien, et les actes extrêmes (mais exceptionnels) relatés par les médias, faudrait-il en conclure que les établissements scolaires sont de plus en plus en proie à la violence ?


Ce n’est pas ce que montrent les enquêtes récentes qui mesurent régulièrement le climat scolaire et les déclarations de victimation à l’école primaire et dans les établissements du second degré. L’étude menée pour l’Unicef par l’OIVE auprès d’un échantillon de 12 326 élèves des écoles élémentaires indique que plus de 90 % des élèves se sentent en sécurité dans leur école. Ce que confirme l’enquête de la DEPP (2012) selon laquelle la majorité des jeunes de collèges et lycées se sentent bien dans leur établissement (2).


Toutefois, pour un pourcentage d’élè­ves, la scolarité constitue une expérience douloureuse. 14 % des élèves interrogés perçoivent leurs relations avec les enseignants comme négatives ; un élève sur dix se perçoit comme une victime à répétition ; 5 à 6 % se déclarent harcelés (plusieurs fois par mois, voire par semaine). Si ces pourcentages coïncident avec la moyenne européenne (3), le mal-être de ces jeunes n’en est pas moindre.


C’est, sans surprise, dans les établissements les plus défavorisés que l’on trouve la proportion la plus forte de violences ou de souffrances scolaires déclarées. Les établissements les plus affectés sont ceux qui cumulent le plus de difficultés : public en situation socioéconomique précaire ; zone paupérisée ou isolée ; équipes éducatives instables. Ainsi, le harcèlement et les agressions en groupes sont plus fréquents dans les établissements sensibles. La violence y est plus dure. Dans des pratiques telles que « la mêlée », par exemple, une victime est prise à partie par le groupe parce que c’est son anniversaire, ou parce qu’elle porte une couleur désignée par le groupe des agresseurs. On note également une augmentation des violences antiscolaires s’exprimant à l’encontre des enseignants, sous forme de tensions essentiellement dans les établissements les plus en difficulté (4). Ces tensions, génératrices de stress et d’anxiété, peuvent transformer la vie de l’enseignant en cauchemar. La dernière recherche sur le sujet menée à l’OIVE (2011) indique que si dans le secondaire, la plupart des enseignants ont une opinion positive du climat scolaire, ce sont les nouveaux enseignants qui sont le plus en difficulté, notamment dans les établissements sensibles où ils sont deux fois plus nombreux à être affectés par le problème. Les travaux de Denis Jeffrey et Fu Sun (5) soulignent combien chez les jeunes enseignants le fait de se sentir soutenu par les collègues influence la qualité de leur enseignement, leur engagement et constitue un facteur de protection contre la violence à l’école.


Pour conclure, nous dirons qu’en ter­mes d’évolution, on constate une stabilité moyenne des violences scolaires, en même temps qu’un durcissement de ces violences dans certains établissements et certains quartiers. Même s’il faut préciser qu’il n’existe pas de fatalité et que nombre d’établissements scolaires situés en zone sensible réussissent, par un travail d’équipe constant et une vigilance particulière, à maintenir un climat scolaire positif (6). Lorsque les équipes travaillent collectivement, qu’elles sont stables et mobilisées, la situation est meilleure que ce que pourrait laisser penser le profil sociologique de l’établissement.


Dans cette perspective, des expériences ont fait leurs preuves. Elles reposent sur un accompagnement renforcé des victimes, un partenariat plus important avec les collectivités locales et une formation initiale et continue permettant aux enseignants d’adopter les gestes pédagogiques d’un climat scolaire positif et d’assurer une plus grande stabilité des équipes éducatives. La violence à l’école étant surtout interne, on ne peut espérer régler le problème par une sécurisation excessive (portails de sécurité, caméras de surveillance) et sans s’interroger sur ce qui, au sein des établissements, peut faciliter ou générer l’émergence d’agressivité ou de violences.

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