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Le blog d'education et de formation

L’école a-t-elle renoncé à transmettre le savoir ?

26 Février 2014 , Rédigé par mohamedمحمد

L’école a-t-elle renoncé à transmettre le savoir ?

L’école a-t-elle renoncé à transmettre le savoir ?

 
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Giotto_-_Legend_of_St_Francis_-_-18-_-_Apparition_at_ArlesIci ou là, on entend dire que l'école a renoncé à enseigner, qu'elle ne transmet plus les savoirs, qu'elle est une entreprise débilitante qui privilégie le tout ludique, le savoir-être, le savoir-faire, le savoir-vivre, le savoir-bidule et le savoir-truc. Quand ce n'est pas le savoir-masturber. Ce type de jugements et de considérations prend sa naissance à divers sources, plus ou moins raisonnables : les fantasmes, la ronchonnerie,  la haine de l'époque, l'inquiétude, l'angoisse, le plaisir de la déploration, la méconnaissance (il suffit de consulter les programmes pour voir que le savoir est  encore au centre des enseignements), les désaccords quant à ce qui se trame,  les résultats de l'enquête PISA,  la consternation devant les lubies de l'évaluation par compétences, les modifications évidentes des conditions d'enseignement, le statut de la culture aujourd'hui, Internet, l'idée fausse  ou vraie que l'on se fait des époques antérieures, un constat personnel, des jeux de comparaisons.

Il est indéniable que les enfants de maintenant sont moins bons en localisation de sous-préfectures, en tirades d'Andromaque et en orthographe. Il est indéniable qu'il y a quelque chose qui cloche dans l'enseignement. Est-ce vrai, pour autant, que l'on a cessé de transmettre le savoir, la culture, les œuvres, les récits, les événements, la science ? Il est assez probable que nous ne le fassions pas toujours assez bien ni efficacement. Que beaucoup de temps soit perdu en tâches annexes, protocoles et vétilles  didactiques et évaluatives. En ergotage stérile. Mais le savoir et sa transmission sont là. Partout, tout le temps. Dans la majorité des cours, qu'ils soient marrants, passionnants, efficaces, chiants à mourir, bordélisés, chaotiques, lents, nuls, galvanisants.

Tout d'abord parce que les programmes, malgré leurs défauts, l'exigent et que, pour la plupart, nous  les appliquons gentiment. Mais il y a une autre raison, de bon sens qui devrait satisfaire les plus difficiles. Par quel autre moyen est-il possible de faire tenir 30 élèves toute la journée sur des chaises à longueur de semaine ? Il faut bien raconter quelque chose. Il faut bien s'occuper et trouver quelque chose qui les empêche de se lever, de monter sur les tables ou de partir en hurlant. Le vide ne suffit pas. Si on ne transmet pas, que faisons-nous, alors ? Rien ? Du contre-enseignement (ça fait beaucoup de salauds dans cette histoire, alors ) ? Du crochet ? On joue au backgammon ?  On se regarde dans le blanc des yeux ?  On fait des cocottes en papier ? Et dans quel but ? Qu'on le sache, en cours, c'est bien plus usant de ne pas faire cours (les professeurs principaux qui passent un  temps considérable en formalités, en distribution de papiers, en problèmes divers peuvent en dire long là-dessus) que de faire cours !

11_Image_The_Young_Cicero_ReadingQue pourrait-on imaginer  d'autre, que la transmission  (sous des formes diverses et variées) du savoir ? Sachant que nous ne faisons pas cours en braquant la classe avec une arme,  que nous ne faisons pas régner la terreur,  que les élèves d'aujourd'hui ne sont pas les champions de la docilité et de la discipline. Nous pourrions, certes, passer des films à longueur de journée (du type Thor, Man of Steel) mais il y aurait bien quelqu'un pour s'en inquiéter, à commencer par les élèves qui ont un goût assez limité pour la surenchère démagogique (un peu, ça va, trop, non) et qui ont un certain goût pour l'enseignement le plus conventionnel. On pourrait imaginer que l'on passe son temps à apprendre aux élèves à trier leurs déchets, lire des modes d'emploi, faire tout et rien. Ou à raconter notre vie :   l'ennui de ces cours sans fin et répétitifs (hommage à Harold Ramis qui vient de mourir) aurait tôt fait de semer le désordre. On imagine mal, aussi, pourquoi des enseignants, des inspecteurs, des concepteurs de programmes,  même pervers, idéologiquement pernicieux, prendraient un malin plaisir à ne surtout pas transmettre des savoirs (ils ne sont pas devenus professeurs entièrement par hasard). Il ne faut pas non plus confondre les différentes manières d'enseigner (à l'ancienne, à grand coup de tableau numérique, à la craie, sans les mains, avec les pieds, avec sérieux, par le rire), les différentes conceptions de la transmission avec ce qui se fait en classe : un cours n'est pas une discussion enflammée sur un forum pédagogique où Républicains et Pédagogues s'agonissent d'injures. De fait, en cours...on fait cours (Noooooooooooon ? Si !) Ça vaut pour tout le monde, quel que soit le présupposé de départ, les méthodes, les motivations.  Sinon, c'est le grand vide et l'enseignement comme les élèves ont horreur du vide.

En vérité, il faudrait que tous ceux qui prétendent que l'Ecole a renoncé à transmettre, à délivrer le savoir,  la culture nous expliquent ce qui, à leurs yeux, pourrait se passer durant toutes ces heures d'enseignement en France, dans nos 36 000 communes. C'est bien de s'affoler, ça fait lucide et sérieux. Ça fait lyrique et drapé de dignité.  Ça souligne sa propre culture au détriment des débiles du jour. Ça fait je suis une bibliothèque qui brûle, qualis artifex pereo et tout le toutim. C'est bien de s'affoler. Mais il faut s'affoler avec raison.  Avec sérieux. Car, en effet,  il y a de quoi s'affoler. L'Ecole rencontre de grands problèmes, connaît tout un tas de maux. Il reste à savoir lesquels, à se montrer précis dans l'analyse et ne pas se payer de grands mots, d'idées toutes faites.  Que la transmission ne se fasse pas comme il le faudrait, c'est une évidence. Inutile, pour autant, d'en rajouter. L'école a déjà assez des problèmes, ce serait bien de lui épargner cette nouvelle mode qui tend à s'installer, à savoir celle du délire paranoïaque, des rumeurs et des accusations à l'emporte-pièce.

Bref, en cours, on fait cours. Le savoir, la culture sont là. Tout le temps. Ils sont solides, forts, ils traversent les siècles. Ils ne sont ni relégués ni oubliés. Simplement, ils ne peuvent pas tout.

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